#19 - La vallée sacrée des Incas

Nous découvrons le centre historique de la plus grande civilisation précolombienne d'Amérique du Sud. Une plongée fascinante dans le monde des Incas.
Du 10 au 14 décembre 2019
5 jours
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Les rues qui mènent à la Quinta Lala, un camping-repaire d'overlanders (c'est ainsi qu'on appelle les voyageurs qui, comme nous, parcourent la planète), sont assez escarpées. Heureusement, on nous avait prévenu : surtout ne pas prendre par le centre de Cuzco. Ses ruelles étroites et pentues ne laissent passer aucun motorhome. On a donc contourné le centre. Çà grimpe, mais les rues sont suffisamment larges pour que le Concorde puisse manœuvrer, à son aise. A la Quinta Lala, une grande pelouse accueille des véhicules de tous les pays : beaucoup d'européens, mais aussi des américains. Un havre de paix à quelques pas de la grouillante Cuzco.

A peine arrivés, nous nous mettons en marche pour visiter la capitale de l'empire inca. Avant l'arrivée des espagnols, c'est la plus grande ville des Amériques. D'ici partent des sentiers qui rejoignent une bonne partie de l'Amérique du Sud. C'est le centre névralgique de l'Empire inca qui s'est étendu vers le Sud jusqu'au Chili, Argentine et Bolivie, et vers le nord : l'Equateur et une partie de la Colombie. Avant le 16ème siècle, une bonne partie de la Cordillère des Andes est occupée par ce peuple qui a conquis d'immenses territoires. Parfois par la force, mais souvent par la diplomatie, des accords commerciaux ou des échanges de technologies.

Nous sommes sur les hauteurs de la ville et descendons en direction du centre. La vue est superbe : une ville construite autour d'un place centrale, qui s'étend jusque sur les montagnes avoisinantes. Les rues qui amènent au centre sont pittoresques : étroites, pavées et pentues. Heureusement qu'on ne s'y est pas aventuré avec le Concorde !

Avec l'arrivée des Conquistadores, l'empire inca est défait. Les territoires sont pillés par les Espagnols, assoiffés par la recherche d'or. C'est aussi l'arrivée du catholicisme civilisateur : les colonisateurs apportent la bonne parole de l'évangile. De la Cuzco impériale, il ne reste presque plus rien. Tous les bâtiments ont été détruits pour faire place aux églises et au style colonial espagnol. Le centre est agréable à vivre, une belle atmosphère s'y dégage, quoique franchement touristique. La tendance touristique du moment semble être le massage : de charmantes 'cusqueñas' ne peuvent résister au charme liechtensteinois de Ludovic pour lui proposer leurs services.

Néanmoins, malgré plus de 500 ans de destructions, les traces de l'empire inca sont toujours bien présentes dans la ville. D'abord, le plan de la ville n'a pas changé. Les Espagnols ont gardé intact l'alignement des rues, calqué sur la course du soleil, imaginé par les Incas. Ensuite, les fondations de certains édifices sont toujours ceux des constructions incas. C'est probablement ce qui fait la beauté et la particularité de Cuzco : des monuments ou des églises coloniales ont été construites sur les fondations incas.

Pour la première fois, nous sommes confrontés au savoir-faire extraordinaire des incas : des pierres taillées sur mesure qui s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres. Il y a la partie visible, déjà impressionnante. Mais derrière ces façades, en trois dimensions, les pierres sont taillées dans tous les sens pour s'agencer au millimètre près. Ces murs, splendides, ont résisté à plusieurs siècles de tremblements de terre.

Les enfants ne résistent pas à l'envie de trouver un passage secret derrière ces murs. Malgré le visionnement complet de la série des Indiana Jones et les nombreuses tentatives de pousser la pierre qui déclenche le mécanisme, nous ne trouvons pas le trésor caché des Incas.

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Hiram Bingham est un professeur et archéologue américain. En 1911, il découvre officiellement la cité du Machu Picchu. D'autres, avant lui, sont déjà passés par là, mais il est le premier à en reconnaître l'importance. Quand il arrive sur place, c'est le fils d'un paysan, habitué à jouer dans les ruines, qui lui fait découvrir la ville inca. Hiram Bingham pense alors avoir découvert Vilcabamba, la ville où se sont réfugiés les derniers incas.

Mais c'est une autre découverte qui l'attend : la cité perdue du Machu Picchu, jusqu'ici ignorée... L'Université de Yale récupère une partie importante des objets qui ont été découverts sur place, afin de les étudier. Il aura fallu près d'un siècle, et de nombreuses batailles juridiques, pour que les artefacts reviennent au Pérou. En 2010, les objets sont de retour à Cuzco pour être exposés dans le Museo Machu Picchu.

Le Musée retrace la découverte du Machu Picchu et présente une partie des objets qui ont été trouvés. Les photos et les documents d'époque, les reconstitutions, les objets et les explications sont passionnants et nous donnent une bonne idée du contexte de cette découverte majeure.

Pendant longtemps, les archéologues ont cru que les Incas ne possédaient pas l'écriture. Parmi d'autres objets, le 'quipus' attire notre attention. Sous forme de collier composé d'innombrables cordelettes, cela pourrait bien être le système d'écriture de la civilisation inca. Il nous manque encore une 'pierre de Rosette' pour pouvoir en déchiffrer la signification. A ce jour, impossible de savoir la teneur des messages. Mais les scientifiques en sont convaincus : la taille, la couleur, le tissage, la matière, le nombre et les nœuds de toutes ces cordelettes ont une signification particulière. S'agit-il d'un simple système de comptage (à la manière d'un abaque) ou d'un système d'écriture plus complexe ? Les clés pour résoudre ce mystère doivent encore être découvertes...

Nous terminons la soirée dans le centre historique de Cuzco. Demain, nous empruntons la vallée sacrée des Incas et la rivière Urubamba qui va nous mener vers la mythique cité perdue des Incas.

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Sur la route qui mène à Pisac, nous nous arrêtons dans un refuge pour animaux. Après notre tentative avortée de rejoindre le Canyon Colca, nous espérons pouvoir y apercevoir, de près, le fameux Condor des Andes

La visite du refuge nous laisse perplexe. Bien sûr, elle nous permet d'approcher des animaux difficilement visibles à l'état sauvage. A chaque fois, leur histoire est bien triste. Il y a le faucon aveugle. Les divers lamas, vigognes, guanacos et alpagas. Le Toucan dont le bec a été sectionné. L'ours à lunettes, le seul ours d'Amérique du Sud, qui a été gardé dans une cage trop petite et qui l'a empêché de grandir. Le puma, qu'on a retrouvé dans une discothèque de Lima, drogué, avec les griffes et les dents limées, qui servait de divertissement aux fêtards... Les plus triste, c'est que si ces animaux ont pu trouver refuge ici, aucun d'entre eux n'a pu réintégrer son habitat naturel. Cela fait peine à voir. Nous nous sentons mal à l'aise dans cet environnement. Les animaux en captivité, c'est pas notre truc. On a eu la chance de pouvoir contempler certains de ces animaux dans leu milieu naturel. Sans barreaux, ni grillages. Et le regard est tout autre !

Le moment le plus impressionnant de la visite, c'est notre passage dans la cage des condors. Le plus grand des oiseaux terrestres, avec ses 3 mètres d'envergure, est imposant lorsqu'il passe à quelques mètres au-dessus de nos têtes. Sincèrement, il n'est pas très beau, vu de près. Il fait peur. On préfère largement le voir haut dans le ciel, avec son envergure hors norme et sa collerette blanche caractéristique. Beaucoup plus majestueux...

Finalement, la partie la plus intéressante de la visite, c'est celle consacrée au tissage et à la teinture naturelle de la laine d'alpaga. A base de plantes, de minéraux ou de cochenilles, toutes les merveilleuses couleurs des habits traditionnels sont déclinées. Dommage que cette section ne soit pas mieux mise en valeur. Rencontre également avec les 'Cuy', ces petits cochons d'inde que Santiago a dégusté il y a quelques jours à Arequipa...

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La vallée sacrée des Incas relie tous les sites incas de la région de Cuzco. Vallée fertile, elle est le grenier de la région. Nous l'abordons du côté de Pisac, un petit village en bordure du Rio Urubamba, que nous suivrons jusqu'au pied du Machu Picchu.

Pisac est un charmant petit village aux ruelles pavées et étroites. Les montagnes qui l'entourent sont imposantes et forcent le respect. Nous nous baladons en fin d'après-midi dans le village et les innombrables échoppes d'artisanat péruvien. La journée se termine avec la dégustation d'un morceau de gâteau au Ulrike's Cafe, un salon de thé allemand réputé pour sont cake aux carottes. Un délice !

Nous passons la nuit coincés entre le Rio Urubamba et la pompe à essence. Petit bivouac tranquille...

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Le site archéologique de Pisac est un des plus importants de la Vallée sacrée. On y trouve des constructions agricoles, religieuses et militaires. Il protège l'entrée sud de la Vallée sacrée. Le point de vue y est impressionnant. Le petit village de Pisac est minuscule au fond de la vallée. Les terrasses agricoles incas ont façonné le versant de la montagne. D'ici, on comprend aisément pourquoi les incas vénéraient les montagnes. Elles semblent à la fois immuables et animées d'un esprit tant elles sont majestueuses.

Sur l'autre versant du site, un torrent descend dans une petite vallée verdoyante. Le contraste est saisissant avec les falaises immenses du secteur agricole. Dans les parois rocheuses, des tombes ont été creusées. La plupart d'entre elles ont été pillées avant leur découverte par les archéologues.

Nous sommes en période de pluies. Une partie du site est fermée à cause des risques d'éboulement. Nous profitons néanmoins des paysages superbes que nous offre la visite. Il n'y a pas grand-chose d'autres d'ailleurs. C'est la faiblesse des sites archéologiques du Pérou : sans guide pour vous apporter quelques explications, aucun panneau pédagogique ne nous permet d'en savoir plus sur cette forteresse. Dommage, car la visite déjà passionnante, aurait eu un tout autre intérêt.

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La piste qui mène aux salines de Maras est escarpée. Le concorde arrive à se faufiler le long de l’impressionnant versant de ce plateau situé 3.300 mètres d'altitude. Une pluie et un vent puissants nous accueillent sur le site. Heureusement, l'averse n'est que passagère, mais elle a vidé les sentiers des quelques touristes qui les arpentaient. Nous avons les salines pour nous tous seuls.

Le spectacle est magnifique. Irréel. Cachées dans une vallée descendant d'un haut-plateau, les salines sont invisibles jusqu'à ce qu'on découvre ces milliers de bassins entièrement façonnés par la main de l'homme. Les salines de Maras existent depuis plusieurs siècles. Avant même l'arrivée des Incas, le site était exploité pour y extraire le sel. Un source d'eau unique, riche en sel, alimente plus de 3.000 bassins par un système d'irrigation. Un trésor au milieu de la cordillère, à plusieurs centaines de kilomètres de la mer la plus proche.

Aujourd’hui, les salines sont toujours exploitées. Plusieurs centaines de familles se partagent les bassins, regroupés en une coopérative qui produit jusqu'à 200 tonnes de sel par an. Un vrai dédale de terrasses et de canaux dont les couleurs varient du blanc éclatant au marron foncé. L'image de cette péruvienne qui rejoint son bassin avec son élégant chapeau blanc immaculé restera dans nos mémoires. Un vrai voyage dans le temps et dans l'espace. Le paysage est surnaturel.

La source d'eau salée qui alimente les milliers de bassin

Nous quittons les salines de Maras alors que la pluie redouble. Juste à temps, avant que la piste ne soit détrempée et fasse patiner le fidèle Concorde. Nous rejoignons le village de Chinchero dans un paysage nuageux majestueux et grandiose.

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Chinchero est réputé pour son marché et son artisanat. Pas de marché aujourd'hui, le village est vide. Nous ne résistons pas aux épis de maïs d'une vendeuse ambulante. Encore un légume natif de l'Amérique du Sud. Et cet épi de maïs, il a de quoi impressionner ! Jamais nous n'avions vu de grains aussi gros ! Accompagné d'un morceau de fromage artisanal, c'est un régal. Le maïs est doux et croquant. Juste cuit comme il faut. Voilà qui nous donne des forces pour aborder la montée vers l'église.

Les ruelles sont charmantes. Mais ça grimpe ! Heureusement pas longtemps. Les petites maisons en terre et en pierre sont parfois surmontées d'un couple de taureau : une tradition qui marque un signe de prospérité et de protection pour le foyer. Au pied du campanile, une esplanade d'herbe permet aux artisans de vendre leurs marchandises. Il n'y a pas de touristes aujourd'hui et la pluie s'invite de temps en temps. Les grandes bâches bleues permettent de protéger les étals. Certains décident de replier. Pas une bonne journée pour vendre aujourd'hui.

Sous l'église, les vestiges d'un temple inca témoignent du passé glorieux du village de Chinchero. La recette est la même dans toute la région : fondations incas, église catholique et style colonial. Nous descendons le village pour reprendre la route.

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Nous retournons à Maras. Non pas pour revoir les salines, mais pour profiter de la place du village pour la nuit. On a repéré un endroit calme et central.

Alors que chacun se repose de la journée, Ludovic et Catalina se dirigent vers le point d'attraction du village. En tous cas, en ce début de soirée. Tout le village est rassemblé autour du terrain de football. Deux équipes s'affrontent. On ne comprend pas très bien qui est qui. Mais bon, cela n'a pas vraiment d'importance pour assister au spectacle. Aussi bien sur le terrain qu'en dehors, il y a des choses à voir.

Notre première impression, c'est de l'admiration. Courir comme les joueurs le font à cette altitude, on ne le pourrait pas. On est essoufflé à la moindre volée d'escaliers. Donc, chapeau.

Tous les ingrédients sont là pour une bonne partie de football : un ballon, deux goals, un terrain, un arbitre... et surtout des joueurs et un public ! Je dois bien avouer qu'on s'est régalé ! Pas tellement pour la qualité du jeu proposé, finalement assez quelconque. Mais il est un ingrédient qui est universel dans le football : la dramatisation, la mauvaise foi et les commentaires.

Il y a le joueur qui se prend pour le Cristiano Ronaldo local, la superstar du ballon rond à l’ego surdimensionné qui sait mieux que tous les autres réunis, qui fait le show mais rate la moitié. Il y a le gardien, qui n'en peut plus de rester sur sa ligne et qui monte en attaque parce qu'il trouve que ses coéquipiers ne savent pas marquer. Il y a le joueur humble et volontaire, qui se met au service de l'équipe, qui donne tout, fait de son mieux... Mais malgré sa bonne volonté, cela ne donne rien... Il y a l'arbitre qui est un peu perdu avec ces joueurs qui râlent pour tout et qui accorde une faute à l'un, puis à l'autre, pour que tout le monde soit content.

Et puis, surtout, il y a le public ! Disséminé autour du terrain, on y retrouve : la grand-mère sur le pas de sa porte, les jeunes ados autour de leur moto, les paysans de retour du champ qui se sont installés sur le bord du terrain... et les enfants qui passent de l'un à l'autre. De temps en temps, une voiture entre dans le village et s'arrête au bord du terrain pour jeter un coup d’œil et faire un petit commentaire.

Et les commentaires, ce n'est pas cela qui manque ! Il y a ceux qui gloussent et se marrent quand un joueur rate son tir. Il y a ceux qui font savoir qu'ils ne sont pas d'accord et qui engueulent les joueurs qui ne font pas ce qu'il faut. Et puis il y a ceux qui se moquent des joueurs qui, pourtant, font de leur mieux. Ici, il n'y a pas de filtre, pas de retenue, chacun sur le terrain en prend pour son grade. Ils sont courageux ces joueurs. Une véritable arène...

La différence entre un match en Belgique ou au Pérou, c'est le second degré. Ici, il n'existe pas ! Tout est important et dramatique, rien n'est pris à la légère... Pas comme chez nous... Quoique, quand on y réfléchit bien, en Belgique, c'est peut-être pareil !? Non ?

Une tranche de vie inoubliable dans la cordillère péruvienne...

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Moray est probablement un laboratoire agricole des incas. Avec ses différents étages de cultures en terrasse, il représente une vingtaine de microclimats de la cordillère des Andes. C'est donc ici que les Incas testaient et acclimataient de nouvelles cultures. Le site permettait également de calculer les rendements en fonction de l’altitude, pour déterminer les meilleures techniques de culture. Le dessin est parfait : des cercles concentriques suivent les courbes de niveau de la montagne. On a compté jusque 14 niveaux différents. Un système d'irrigation permet également d'alimenter les cultures.

Entre chaque terrasse, élevée de 2 mètres, des escaliers aménagés dans les murets, permettent aux agriculteurs de passer d'une terrasse à l'autre. Mais ces escaliers ont une autre particularité. Avec leur configuration, seuls les humains peuvent l'emprunter. Impossible pour le bétail de s'échapper en tentant de passer d'une terrasse à l'autre. Bien pensé !

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Il est l'heure de passer à table ! Nous choisissons un petit restaurant touristique péruvien du centre du village d'Ollantaytambo, le Puka Sara. Quelques tables seulement, une décoration simple mais typique. Un four à pizzas, allumé seulement à certaines occasions.

Nous commandons le menu du jour. En entrée, une fameuse soupe de quinoa ou une assiette de nachos (faits maison, réellement exquis !) avec du guacamole. Pour le plat, un morceau d'escalope de poulet ou de steak avec du riz ou des frites et quelques garnitures. C'est simple mais c'est très bon. On n'est pas déçus, pour quelques soles seulement !

Ollantaytambo est un des seuls village à avoir conservé son plan d'origine inca. Des ruelles étroites, des pavés, des petits patios, des canaux qui dévalent les rues le long des façades, des fondations traditionnelles en pierre... On ne peut la parcourir qu'à pieds. Nous nous éloignons de la place centrale pour déambuler au hasard dans ce charmant village hors du temps. Nous terminons par un petit tour au marché pour faire quelques provisions.

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Ollantaytambo est au bout de la vallée sacrée. Une forteresse inca en protège l'accès ouest. Après la chute de Cuzco, les Incas y ont livré une résistance farouche contre les conquistadors espagnols. L'édifice est impressionnant : surplombant le village, la forteresse se dresse sur un flanc de montagne qui ferme la vallée. Impossible de rentrer dans la vallée sans passer dans l'ombre de la forteresse.

Une fois de plus, l'architecture antisismique des incas impressionne. D'immenses pierres, de plus de 4 mètres de haut sur 2 mètres de largeur et de profondeur sont dressées pour la construction d'un temple. Le fameux 'Templo del Sol', le Temple du soleil qui n'a jamais été achevé. Les blocs qui ont servis pour sa construction proviennent d'une carrière à près de 6 kilomètres d'ici. Un travail de titans que les incas ont accompli, n'hésitant pas à escalader des montagnes ou à traverser le Rio Urubamba avec des blocs de granit qui pèsent plusieurs dizaines de tonnes. Le point de vue sur la vallée est magnifique. D'un bout à l'autre, on ne rate rien de ce qui passe dans la vallée. Un emplacement stratégique unique.

Avant de redescendre dans le village, nous poursuivons notre exploration de la forteresse à flanc de montagne.

Un torrent dévale de la montagne. L'eau est glacée. Une belle promenade se termine. Demain matin, nous prenons la route pour le Machu Picchu.

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La ligne de train qui mène au Machu Picchu est probablement une des plus chères au monde. A 150 EUR par personne pour une trentaine de kilomètres, ça fait cher du kilomètre. Même si c'est aller-retour. Il existe des alternatives pour rejoindre Aguas Calientes, le village situé en contrebas de la cité inca. Le Chemin des Incas, un trekking de plusieurs jours à travers la cordillère est difficilement faisable avec des jeunes enfants. Il y a aussi moyen de rejoindre Hydroelectrica avec un 'collectivo', pour ensuite suivre, à pieds, une voie de chemin de fer. Mais la route qui y mène n'a pas bonne réputation : en mauvais état, fort fréquentée et au bord du gouffre. On a donc opté pour la solution la plus simple et la plus facile... donc la plus chère. Après tout, on ne peut pas venir au Pérou sans voir le Machu Picchu ! Les tours opérateurs l'ont bien compris !

Le train de Peru Rail est confortable. Il offre une vue panoramique époustouflante sur les montagnes et le Rio Urubamba.

Il y a 20 ans, Ludovic est déjà venu à Aguas Calientes. A l'époque, une voie de chemin de fer traversait le village et le train déposait les visiteurs au bord de la voie. Quelques bars et quelques auberges suffisaient à accueillir les quelques touristes. Aujourd'hui, le chemin de fer traverse toujours le village, mais c'est une grande gare qui accueille les millions de visiteurs. La fréquentation a bien changé. L'accès au Machu Picchu est à présent limité et réglementé : il faut choisir une tranche horaire et réduire sa visite à quelques heures.

Le village n'a rien de pittoresque. Un agglomérat de bâtiments au fond d'une vallée encaissée, entre les rails et le turbulent Rio Urubamba.

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Notre arrivée au Machu Picchu est probablement un des souvenirs les plus importants du Pérou. Il y a peu de touristes à cette période de l'année et encore moins à cette heure de la journée. Et pour cause, la météo est tout sauf engageante. D'emblée, on se dit que découvrir le Machu Picchu sous un soleil radieux serait génial. Ce ne sera pas pour aujourd'hui. Il pleut, il y a du vent et les montagnes sont recouvertes d'une brume épaisse.

C'est ce brouillard qui reste dans nos mémoires. Nous avançons dans des nuages et la visibilité est quasi nulle. On progresse en s'enfonçant dans les ténèbres. Malgré les autres touristes déjà présents dans la cité inca, on ne les voit pas. Nous sommes seuls dans notre exploration. La brume nous mouille et nous contraint à avancer à l'aveuglette. L'atmosphère est cotonneuse. Pas un bruit, pas un son. Et puis un nuage passe, dévoilant un pan de la montagne. Des terrasses agricoles et quelques constructions apparaissent dans une trouée, qui se referme rapidement. Une autre trouée dans les nuages passe. Une autre partie du site se découvre. C'est cela qui reste dans nos mémoires : ce moment magique où l'on découvre, morceaux par morceaux, nuage après nuage, le point de vue sur la cité perdue des incas. On a l'impression d'être dans les traces d'Hiram Bingham il y a plus d'un siècle ou dans "Les mystérieuses cités d'or", en compagnie d'Esteban, Zia et Tao.

Finalement, nous tombons tous d'accord. Quelle incroyable chance nous avons eue de découvrir ce trésor sous les nuages !

Nous progressons dans le secteur agricole de la ville. Le sentier escalade encore un peu plus la montagne avant d'arriver à la maison du gardien, qui surplombe la montagne. Nous prenons de la hauteur et la vue n'en est que plus belle.

Peu de chemins arrivent au Machu Picchu. L'un d'eux est probablement le plus dangereux : celui qui mène au pont de l'inca. Enfin, ce n'est pas un vrai pont, plutôt une planche placée au-dessus d'un gouffre, à flanc de falaise. Dans la vie quotidienne, les messagers qui parcouraient l'empire inca pouvaient l'emprunter pour arriver dans la ville. En cas de danger, la planche est poussée dans le vide et la ville devient inaccessible.

Le chemin qui mène au pont est vertigineux. D'un côté, une falaise abrupte. De l'autre côté, le vide. Pas de balustrade. De temps en temps, un petit muret, pas plus haut que le genou. Plusieurs centaines de mètres de paroi rocheuse tombent dans le Rio Urubamba situé au fond de la vallée. Vraiment impressionnant. Tellement vertigineux que les parents que nous sommes ne sont pas à l'aise. Edna agrippe la main de Catalina et Ludovic celle de Manuel. Il ne faut pas céder au vertige. Les enfants, eux n'ont pas trop l'air d'en souffrir...

Lorsque nous revenons à la ville, le ciel s'est dégagé. Entre les nuages, les rayons du soleil apparaissent. Nous découvrons le site sous un jour nouveau. Nous profitons d'une pause, allongés dans l'herbe, pour admirer ce qui est probablement l'une des sept merveilles du monde moderne. Encore un moment privilégié de notre voyage.

Nous descendons dans la partie urbaine du Machu Picchu. Le voyage est passionant ! Principalement grâce à notre guide, Julio, que nous avons trouvé à Aguas Calientes. Un peu par hasard et surtout grâce aux recherches d'Edna. Pendant plusieurs heures, Julio nous passionne avec ses anecdotes, ses faits, ses recherches... Quel bonheur de vivre cette visite avec lui. Il est aussi entièrement disponible et semble prendre du plaisir à nous voir intéressés par ces découvertes.

Il sera, pour toujours, le visage qu'on retient du Machu Picchu. Celui qui nous a tout appris sur cette cité : les mystères qu'on y a pas encore résolus, le lien des incas et la position des bâtiments avec la course du soleil et de la lune, la vie quotidienne au temps des Incas, l'agriculture, l'artisanat, la fonction de la ville (qui n'a jamais été terminée et qui pourrait être un lieu de villégiature de l'empereur inca), la fonction religieuse avec le Temple du Soleil, les Trois Fenêtres, les festivités aux solstices, le Temple du Condor, l'Intihuatana, la roche sacrée,etc.

Mais les compétences de Julio ne s'arrêtent pas à l'archéologie. Il aime aussi la photo. Il nous propose donc de prendre la pause, des angles prises de vues, des effets panoramiques à faire avec le téléphone... parfois très sympas, parfois un peu kitsch...

Cela fait près de 6 heures que nous parcourons le Machu Picchu. Bien plus que les 4 heures normalement autorisées. Ce n'est pas la seule entorse que nous faisons au règlement du site archéologique. Il faut savoir que le Machu Picchu n'a pas de toilettes. Nous avions pourtant pris nos précautions avant de rentrer. Mais il arrive un moment, après plusieurs heures, où Manuel a un besoin de plus en plus pressant. Que faire ? S'il sort, il ne peut plus revenir, ce serait dommage. On ne trouve pas de solution directement. Nous expliquons la situation à Julio qui, après réflexion, nous trouve une solution, à l'abri du regard des gardiens. L'endroit est fréquenté, mais Manuel arrive à se glisser entre deux blocs incas pour se soulager. En quelques minutes, l'affaire est réglée et Manuel retrouve le sourire. Il a réussi à rester discret. Probablement une des toilettes les plus insolites du monde !

Alors que le soleil commence à se coucher derrière le Machu Pichu, nous arrivons au bout de nos questions. Il est temps de rentrer. Nous reprenons le bus qui descend à Aguas Calientes. Julio nous conseille un restaurant au bord du Rio Urubamba. Le débit de la rivière est spectaculaire. Le bruit du torrent est infernal. Presque difficile de s'entendre parler.

Après le repas, alors que la nuit est tombée, nous prenons congé de notre guide et rejoignons la gare. Le train qui nous ramène à Ollantaytambo est le dernier de la journée. Peu de passagers à bord. A travers la nuit, à la lumière de son phare, il se fraye un chemin à travers les montagnes. Couchés sur les banquettes, nos paupières se font lourdes. La journée a été longue. Mais tellement riche en découvertes. Certains s'endorment, bercés par le roulis du wagon. Des images et des rêves plein la tête...