#16 - De la Patagonie au Centre du Chili

Entre la région des lacs et les sommets enneigés des volcans, nous quittons la Patagonie pour rejoindre le Centre du Chili et ses villes, Santiago et Valparaiso.
Du 13 au 27 novembre 2019
15 jours
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Nous quittons l'ile de Chiloé pour remonter vers le Nord. Nous nous arrêtons à Petrohué. Il ne s'agit pas d'un village. Seuls quelques bâtiments et un hôtel de luxe constituent une base de départ pour les expéditions vers le Chili, à l'embouchure du Rio Petrohue qui se jette dans le Lago de Todos los Santos. Nous sommes au bout de la route. De l'autre côté du lac, un chemin permet de rejoindre le chili en traversant la Cordillère. Nous trouvons un bivouac sur une plage noire de pierres volcaniques. La vue sur les montagnes et le lac est jolie. Manuel et Ludovic partent en exploration, pendant que Mateo et Catalina pratiquent quelques mouvements de danse.

Mais le plus beau est derrière nous : le volcan Osorno, et son sommet arrondi, blanc de neige, se dresse au-dessus de nos têtes. Nous sommes au bout d'un couloir d'éruption qui plonge dans le lac. Vraiment impressionnant. On se dit que si le volcan entre en éruption, nous serons les premiers informés. Le soleil se couche, les nuages disparaissent du sommet et nous découvrons les formes arrondies et magnifiques du volcan. Une merveille de la nature qui domine toute la région.

Le lendemain matin, le temps est gris et incertain. Les nuages au-dessus du volcan rendent le paysage encore plus mystique. Une barge vient chercher une voiture pour l'amener de l'autre côté du lac. Nous continuons notre route.

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Nous sommes dans la région des sources thermales. L'intense activité volcanique de la Région des Lacs génère de nombreuses sources d'eau chaude. Un peu partout, des thermes poussent comme des champignons. Après nos tentatives avortées de baignades le long de la Carretera australe, cela fait plusieurs jours qu'on rêve de se baigner dans de l'eau chaude.

Nous choisissions de rejoindre 'Aguas Calientes' ("Eaux chaudes", voilà qui est original !) où une piscine thermale accueille les curistes. Mais ce n'est pas ce qui nous attire. Ce que nous voulons, c'est tremper dans une source d'eau chaude naturelle et 'sauvage', sans aucune installation ! On nous a dit qu'on pouvait en trouver dans le coin.

Nous descendons la rivière qui longe les thermes. Un sentier s'enfonce dans la forêt et rejoint un petit endroit de pique-nique où des bassins ont été creusés par nos prédécesseurs. En fait de bassins, il s'agit plutôt de grandes flaques dont il faut dégager l'une et l'autre pierre pour pouvoir s'asseoir ou s'allonger. Après quelques menus travaux de terrassement, nous finissons par pouvoir nous asseoir à six dans l'eau chaude. Parfois trop chaude. En fonction de nos envies ou de la manière dont on supporte les températures élevées, on s'éloigne de la source d'eau chaude pour échapper à la chaleur. De temps en temps, on revient vers la source pour se réchauffer. Dans la rivière qui coule à côté, l'eau est glaciale !

Les enfants profitent des galets bouillants pour improviser une séance de relaxation. Un agréable moment de détente en famille...

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Nous quittons le Chili pour rejoindre l'Argentine. La route monte, tourne et dévoile des paysages époustouflants. La température baisse également. Mais nous redescendons rapidement dans la vallée, en direction de Bariloche et de ses lacs. Une destination incontournable en Argentine.

Bariloche est une grande ville et les avertissements de tentatives de vol nous incitent plutôt à bivouaquer à Dina Huapi, un petit village à quelques kilomètres de là. Le temps est maussade, pluvieux et nuageux, mais nous profitons de la 'costanera' en bordure du Lago Nahuel Huapi.

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Bariloche est réputé pour ses pistes de ski en hiver et ses lacs en été. Nous parcourons le 'circuito chico' (le petit circuit) qui serpente entre les lacs. Différents panoramas nous donnent de belles vues sur le lac. Dommage que le temps nuageux nous empêche de profiter de la couleur émeraude de l'eau.

L'eau est limpide et la couleur du lac resplendit quand un rayon de soleil fait son apparition. Nous rencontrons un groupe de touristes belges néerlandophones, tout heureux de voir une plaque belge à l'autre bout du monde. Nous aussi, cela nous fait plaisir de pratiquer notre néerlandais !

Au détour de la route, nous nous enfonçons dans la forêt en direction de la péninsule de Villa Tacul. Le chemin devient de plus en plus étroit. Les branches basses nous laissent quelques griffes sur la carrosserie du Concorde, mais nous finissons par arriver dans une clairière au bord du lac.

Un rocher qui s'enfonce dans les eaux nous sert de terrain de jeu et de site parfait pour une petite séance de photos.

De l'autre côté du rocher, une plage et une crique nous fournissent un autre décor pour immortaliser la journée.

Le lendemain, nous reprenons la route, pour arpenter le 'circuito grande' (le grand circuit) qui traverse, sur plusieurs centaines de kilomètres, les lacs de la région. Il n'y a pas de doute : c'est beau. Mais notre passage à Bariloche nous a déçu. Il est vrai que cela fait des mois que les Argentins nous parlent de Bariloche. Nos attentes étaient probablement trop grandes. Mais on nous avait aussi prévenu : Bariloche, c'est la grande machine touristique. On confirme.

La météo n'était pas non plus en notre faveur : nuages, pluie, vent, etc. Rien qui mette en valeur les paysages. Et puis surtout, nous venons de parcourir la splendide Carretera australe, qui nous a marqué en proposant des paysages bien plus grandioses, à nos yeux, que la Région des Lacs argentine. Peut-être y a-t-il un peu de lassitude ? Peut-être une envie de voir autre chose ? Rien ne nous a retenu à Bariloche... Avec le recul, on se dit qu'on aurait dû voir Bariloche avant la Carretera australe....

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Après notre passage par San Martin de los Andes, nous avons le Volcan Lanin en point de mire. Il marque la frontière entre l'Argentine et le Chili. Ce sont nos derniers instants en Argentine. Depuis plus de 5 mois, et notre arrivée à Buenos Aires, nous avons côtoyé ce pays immense. Nous l'avons traversé du Nord au Sud et d'Est en Ouest. Et pourtant, il nous reste tant de choses à y découvrir. Les étendues immenses et infinies de la Patagonie nous ont fascinées malgré la monotonie du relief. La Terre de feu et la fin du monde nous ont subjugués. Le Nord nous a apporté des paysages superbes.

Mais ce que l'on retiendra le plus de l'Argentine, ce sont les Argentins. Leur accueil est tout simplement incroyable. Où que nous passions, nous avons été accueillis comme un membre de la famille. Une empathie comme nulle part ailleurs. Tous les sourires chaleureux que nous y avons croisés garderons une place particulière dans notre cœur. Et puis, l'Argentine, c'est aussi, malgré une crise économique grave, un mode de vie agréable et chaleureux. On y prend le temps de savourer la vie et de tous ses bons côtés : bien manger, bien boire, partager et discuter... un mode vie proche de nous.

Nous ne sommes qu'à une centaine de kilomètres de Villa Pehuania, où nous avons fait du ski il y a plusieurs mois. Notre boucle argentine est bouclée.

Les derniers kilomètres avant la frontière, la route se transforme en piste : cailloux, poussière, trous, tôle ondulée... comme un clin d’œil de l'Argentine dont les pistes nous ont fait souffrir. Nous arrivons au poste frontière de Mamuil Malal. Il ne nous faut pas plus de quelques minutes pour remplir les formalités dans ce sympathique chalet au pied du Volcan Lanin.

Adios Argentina. C'est avec émotion que nous te quittons. Tu nous manqueras.

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Après une nuit passée à Currarehue, un petit village à quelques kilomètres de la frontière argentino-chilienne, nous nous arrêtons aux Termas Los Pozones. Nous sommes dans la région des thermes. Il y en a des dizaines le long de la route. Celles de Los Pozones nous ont paru correspondre à nos envies : prix d'entrée raisonnable, pas de grande installation moderne et un cadre naturel, au bord du Rio Liucura.

L'arrivée au parking des thermes est mouvementée. Une série de trous dans le chemin font basculer le Concorde dans tous les sens. Ce qui devait arriver, arrive : une porte d'armoire de la cuisine mal fermée s'ouvre et un plat tombe de plein fouet sur le verre de protection du réchaud qui éclate en mille morceaux. C'est la panique à bord. Le bruit est effroyable et impressionne tout l'équipage. Finalement, plus de peur que de mal. Le verre est complètement brisé. Un bon coup de balai et tout rentre dans l'ordre. Il faudra que l'on trouve une nouvelle vitre...

Plusieurs versions des faits sont en cours d'analyse... Une enquête est toujours en cours pour savoir qui a mal fermé l'armoire ! Certains mettent en cause la cuisinière, d'autres le chauffeur. Le crime ne restera pas impunis !

Les thermes sont agréables. Une petit dizaine de bassins s'étalent le long de la rivière. Nous sommes au fond d'une gorge, entourés de forêts et de rochers. Les installations sont sommaires mais authentiques, agréables et peu fréquentées. Un immense tuyau remonte le site pour amener l'eau chaude dans la piscine supérieure. La plus chaude. En cascade, les autres piscines sont alimentées, avec une température de l'eau qui baisse au fur et à mesure que l'on descend. Nous décidons de commencer par le bas, le plus froid, et de remonter vers la piscines supérieure, horriblement chaude...

Nous passons une belle après-midi à nous détendre dans l'eau chaude et à profiter du cadre exceptionnel. Le souvenir qui nous marque arrive en fin d'après-midi : la douche froide ! Au sens propre du terme. Si l'eau est chaude, les douches sont froides. Pire que cela, elles sont glacées. Glaciales même. On n'a jamais ressenti une eau à cette température. Les uns encouragent les autres au moment de passer sous le jet glacé. Mais on y a survécu. Une douche inoubliable !


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Caburgua est une petite station balnéaire au bord du Lac du même nom. Nous y arrivons en fin de journée et nous sommes confrontés à des interdictions de stationner partout dans le village. Alors que nous pensons avoir trouvé un endroit pour passer la nuit, une commerçante nous dit qu'on ne peut pas et nous propose de loger sur un terrain qui lui appartient, moyennant rémunération. On sent venir celle qui essaie de profiter de la situation. On déteste cela. On refuse son offre. Nous dormons finalement sur le parking d'une supérette, dont le propriétaire nous accueille chaleureusement. Pas très sexy comme endroit, mais proche du lac. Nous le remercions en faisant nos courses dans son magasin. Cela nous coûte finalement plus cher que si nous avions dormi sur le terrain de la commerçante, mais qu'importe. C'est une question de principe qu'on a jamais regretté pendant notre voyage. On aime bien les gentils !

Quand le jour se lève, un grand soleil fait son apparition. La vue sur le Lago Caburgua est superbe. Alors que nous nous promenons sur le ponton, nous faisons la connaissance de Miriam, une sympathique chilienne de Santiago qui est en vacances avec deux amies. Elle nous parle de sa famille, de son pays, de la situation politique actuelle et des manifestations. Chouette rencontre.

Après Playa Negra, nous passons quelques heures à la plage d'à coté : Playa Blanca. On bénéficie de la même eau cristalline, du beau soleil et de la vue imprenable sur les montagnes. Mais le sable est blanc ! On n'est pas n'importe où : les villageois nous confirment que le Président Piñera (actuellement contesté) a une maison au bord du lac ! Chic.

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Nous nous dirigeons ensuite vers le volcan Villarrica. Les routes sont bordées de genêts en fleurs. Un jaune printanier et rayonnant qui fait plaisir à voir.

Pucon est le premier village que nous rencontrons au bord du Lac Villarrica et au pied du volcan. La petite station est agréable et assez touristique. Le volcan impose son sommet au-dessus de la ville. Impressionnant. Nous nous arrêtons pour nous balader dans le centre et manger une petite crème glacée.

A la sortie de la ville, nous admirons une spécialité et un savoir-faire de la région : les fleurs en bois ! Des fleurs colorées entièrement confectionnées en bois. Les pétales des fleurs sont incroyables. Seul un œil aguerri peut distinguer qu'elles sont artificielles. Une belle alternative, artisanale, aux fleurs en plastiques. Nous ne résistons pas à l'envie d'en acquérir quelques unes.

Par rapport à Pucon, le village de Villarrica a un avantage indéniable. La vue sur le volcan et le lac sont incroyables. Une carte postale majestueuse. Nous nous arrêtons pour la nuit à l'ombre d'un saule, à côté du Centre culturel, au bord du lac. C'est superbe. Une petit plaine de jeux, envahie par les écoliers à la sortie des cours, permet à Manuel de perfectionner sa technique à la balançoire. Pour la première fois, il se balance seul et a compris le mouvement de va et vient nécessaire à l'exercice. Il n'oubliera pas de sitôt la balançoire de Villarrica. Nous non plus. Voilà le genre de petits moments, tout simples, qui font la richesse d'un voyage comme le nôtre. C'est aussi cela qui rend le voyage inoubliable.

Notre nuit à Villarrica est marquée par un événement inattendu : les sirènes de la ville se mettent à hurler aux alentours de 23h. Intrigués, nous jetons un petit coup d’œil par la fenêtre. Après quelques minutes, le cri strident s'arrête. C'est quoi çà ? Dehors, rien ne semble bouger. Edna et Ludovic discutent de la situation. Nous sommes au pied d'un volcan en activité. Ne serait-ce pas une alerte ? Une mise en garde ? Un ordre d'évacuation ?

Dehors, Villarrica semble toujours endormi. Les derniers clients du restaurant situé de l'autre côté de la rue ne paraissent pas pressés de terminer leur verre. Edna décide d'enfiler un pantalon pour aller aux nouvelles. Elle est accueillie dans la bonne humeur au restaurant. Les clients et les serveurs l'écoutent avec attention avant d'éclater de rire ! Il ne faut pas s'en faire. C'est la sirène des pompiers qui prévient la population et les volontaires. Il y a probablement un accident ou un début d'incendie dans la ville. Rassurée, Edna est gagnée par la bonne humeur et retourne dans le Concorde, le sourire aux lèvres.

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C'est, sans aucun doute, la pompe à essence la plus accueillante de toute l'Amérique ! Voire du Monde ! La pompe à essence de Pueblo Seco, un petit village perdu au milieu de la campagne chilienne, restera une de nos plus belles rencontres au Chili.

L'histoire de la station-service commence il y a quelques dizaines d'années, lorsque Paul, citoyen belge, débarque au Chili pour y implanter la chicorée. Travaillant pour le compte d'une société belge, sa venue au Chili a un objectif précis : développer la culture de la chicorée dans la région de Pueblo Seco. Un an plus tard, les résultats ne sont pas à la hauteur et le projet est abandonné. Mais Paul ne retourne pas en Europe.

Il s'installe à Pueblo Seco, rencontre Barbara, sa future épouse, et ils décident de racheter la pompe à essence du village. Comme tout entrepreneur, les débuts sont compliqués, avec des journées interminables et de nombreuses heures de labeur journalier. Mais petit à petit, l'entreprise se développe et se diversifie dans le transport de carburant. Un, puis deux camions sillonnent les routes du Chili pour livrer la pompe de Pueblo Seco et les clients devenus fidèles. La concurrence est pourtant rude avec les grands groupes pétroliers, leurs prix planchers et leur réseau de distribution tentaculaire. Mais la petite pompe HPB survit, grâce à une politique des prix juste et aux machines agricoles qui constituent la majorité de sa clientèle en période de récolte. Aujourd'hui, Paul a acquis une deuxième station service à San Nicolas, à quelques dizaines de kilomètres de Pueblo Seco.

Mais si le fonctionnement d'une station service est passionnant, ce n'est pas ce qui nous a attiré à Pueblo Seco. A vrai dire, le village ne se situe pas vraiment sur une route touristique et nous n'aurions jamais pensé nous y arrêter. Mais il se trouve que Paul, c'est le cousin de Bernard. Bernard, c'est le Papa de Maxime. Maxime, c'est, depuis les maternelles, le copain de Santiago. La boucle est bouclée ! Bernard nous a donné les coordonnées de son cousin. Au cas où...

On a donc pris contact quelques jours avant d'arriver à Pueblo Seco. On s'est dit qu'on allait passer dire un petit bonjour. On est finalement resté 4 jours ! L'accueil a bien commencé, avec une Maredsous et une Kriek ! Des bières belges au milieu du Chili, on n'en espérait pas autant ! Un régal après des mois d'abstinence.

Et puis il y a eu le porc au barbecue. Sans rire, le meilleur porc qu'on ait dégusté. Cuit de manière lente dans un barbecue-four à bois, il est simplement parfait : juteux, caramélisé, plein de saveurs... un délice ! Le tout accompagné d'un vin chilien, évidement. Il n'en fallait pas plus pour réunir tout le monde autour d'une gigantesque tablée... Un moment de bonheur.

Pendant 4 jours, on se sent en famille à Pueblo Seco. Cela fait du bien de se poser quelques jours, de reprendre des forces avant de continuer notre périple, de passer une vie normale et sédentaire, sans itinéraire à planifier, sans visite à organiser, sans endroit pour dormir à chercher. On savoure les petits déjeuners et les devoirs en famille, les courses à Chillan, les après-midis à la piscine en compagnie de Joaquin, Luciano, Sofia et Laura.

Mais le plus savoureux, le plus authentique, le plus émouvant et le plus grand bonheur, c'est de retrouver un accent liégeois bien de chez nous. Un retour direct à notre plat pays. Le plus beau moment, c’est d'entendre un "Oufti, que huevon !", un mélange subtil de liégeois et de sudaméricain. Il est sorti de la bouche de Paul, sur la route qui nous ramène de Chillan, alors qu'un chauffeur chilien risque l'accident lors d'un dépassement. Du liégeois 'oufti' (qui marque la surprise, la peur, l'étonnement... du style "ouh la la", "mon dieu" !) et du chilien "que huevon" (quel imbécile !).

C'est un autre accent liégeois que nous rencontrons à El Carmen, un village à côté de Pueblo Seco. Alan est arrivé au Chili en même temps que Paul, et il travaille aujourd'hui avec Miguel dans un garage pour machines agricoles (dont des machines belges, dont la renommée n'est apparemment plus à faire...). Pendant un après-midi, alors qu'Alan renforce le support du préfiltre à diesel que nous avons du démonter sur la Carretera australe, nous discutons avec Miguel, qui nous donne son point de vue sur son pays, son histoire et sur l'Amérique du Sud.

Un moment de bonne humeur et de partage enrichissant. Finalement, le filtre est à nouveau opérationnel. Il ne lui manque plus qu'un petit coup de peinture, mais il est à nouveau prêt à affronter des carburants de mauvaise qualité, ce qui risque d'être nécessaire au Pérou ou en Equateur.

Nous ne pouvions quitter Pueblo Seco sans préparer un monument de la gastronomie belge : le moules-frites. Mais attention, pas n'importe quel moules-frites ! Une version belgo-chilienne qui, en plus des traditionnelles moules et des croustillantes frites, propose aussi des palourdes, des saucisses fumées de Chillan et des côtelettes ! Un sacrilège pour les belges ? Si la combinaison peut surprendre, elle est néanmoins délicieuse et ajoute une touche terre-mer à ce plat traditionnel. Surprenant mais délicieux ! On s'est régalé !

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Nous avons rencontré Paulina dès notre arrivée à Pueblo Seco, lors du barbecue chez Paul et Barbara. D'emblée, elle nous a invité à visiter sa ferme, où elle élève des chevaux. Son fils est fan de rodéo et s’entraîne régulièrement. Nous partons, en famille, pour une petit visite en fin d'après-midi.

Les chevaux de Paulina sont superbes. Nous avons le privilège de pouvoir les monter. La séance commence avec les performances des deux cavaliers de la famille : Mateo et Catalina.

Les autres cavaliers emboîtent le pas et se lancent dans un tour à cheval. Avec plus ou moins d'envie et de dextérité, selon l'expérience. Pour certaines, dont on taira le nom, on ne sait pas très bien qui dirige : le cavalier ou le cheval. Mais l'expérience est très chouette pour tous.

Alors que le soleil se couche sur Pueblo Seco, nous profitons de la soirée. Une soirée agréable, avec et sympathiques. Comme on les aime.

Il est déjà l'heure de quitter Pueblo Seco. Les mines des enfants sont graves. Pas facile de quitter ses nouveaux copains, avec lesquels on a partagé tant de moments en quelques jours. Mais c'est le quotidien des voyageurs sur les routes. On fait de merveilleuses rencontres avant de devoir reprendre la route, pour en faire de nouvelles. On garde l'espoir de se revoir, soit en Colombie pour les vacances scolaires, soit lors de leur prochain passage en Belgique. Quoi qu'il en soit, on gardera un souvenir mémorable de Pueblo Seco et de la station HPB !


Nous continuons à remonter la Ruta 5, en direction de la capitale. A nous, Santiago !

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C'est la boisson chilienne par excellence. Partout, le long des routes, des marchands ambulants proposent du 'motte con huesillo'. Le motte, c'est du blé cuit dans l'eau. Le huesillo, c'est une pêche séchée qu'on laisse tremper dans de l'eau sucrée pendant la nuit, avant de la faire bouillir. On laisse refroidir la préparation au frigo. A servir très frais, avec des glaçons !

C'est assez sucré, mais très rafraîchissant et nourrissant. C'est Paulina qui nous l'a servi quand nous lui avons rendu visite. Une chouette découverte, qui ressemble à la boisson que nous avons dégustée lors du pèlerinage de Chochis, en Bolivie.

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Santiago en rêve depuis toujours: visiter la ville qui porte son nom (ou c'est l'inverse ? qu'importe !). Santiago est à Santiago ! Pendant tout le séjour, on s'amuse des jeux de mots qu'on peut faire avec Santiago. Heureusement qu'on n'a pas peur du ridicule.

Notre arrivée dans la capitale chilienne se fait dans des conditions un peu particulières. Beaucoup de Chiliens, dans la campagne, nous ont déconseillés d'y venir. Il est vrai que la protestation gronde. Le bras de fer entre le Président Piñera et les contestataires est engagé. Il y a quelques semaines, des manifestants sont morts et l'état d'urgence a été déclaré. L'ambiance est électrique ! Mais pour nous, Santiago est incontournable. D'abord, parce qu'on est obligé d'y passer pour continuer vers le nord. C'est aussi une des seules capitales, avec Buenos Aires en Argentine, qu'on a envie de visiter. Et puis, Santiago ne nous pardonnerait pas de ne pas venir à Santiago.

Mais ce qui nous a finalement rassuré, c'est notre rencontre avec Miriam à Caburgua. Elle habite Santiago, et nous a expliqué qu'il faut rester prudent mais qu'on peut visiter la ville.

Notre première impression est plutôt bonne. La ville est ordonnée, calme et propre. Miriam nous a conseillé de nous installer dans le quartier de Las Condes, un quartier chic de Santiago. Nous sommes idéalement positionnés, à quelques centaines de mètres du métro, devant un parc et une plaine de jeux. Juste à côté du poste de police... ce qui pourrait être un désavantage en cette période puisque les manifestants attaquent les commissariats. Mais Las Condes semble être épargné par tous ces tracas.

Beaucoup de stations de métro sont fermées et certains quartiers sont à éviter en ces temps troublés. Les policiers et l'office du tourisme sont d'accord sur une chose : on peut visiter le centre de Santiago, mais il faut avoir quitté le quartier avant 15h, quand commencent les protestations. Nous partons donc de bonne heure pour une expédition commando touristique dans le centre de la capitale.

On ne peut pas dire que le centre soit agréable pour la balade. Il y a beaucoup de monde, les rues commerçantes sont bondées, les marchands ambulants omniprésents... Pas facile, quand on est 6, de se frayer un passage dans la foule. Le commando est en ordre de marche : Ludovic ouvre la marche, montrant le chemin à suivre. Santiago est juste dans son dos, le nez rivé sur le sac à dos, pour décourager les pickpockets. Edna suit avec les enfants. La tension est élevée mais on progresse jusqu'à la Plaza de Armas. La place est semblable à toutes les places sudaméricaines : une cathédrale, quelques arbres, des parterres de fleurs et des bancs qui invitent au repos et à la discussion.

Santiago au pied de Santiago
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Il est déjà midi et nous avons faim. Alors que les enfants se rabattent sur un horrible poulet croustillant accompagné de pâles frites, Ludovic part à la recherche d'une institution au Chili : le completo ! Le 'completo', c'est une sorte de hot-dog version chilienne. Ce qui fait sa particularité, ce sont les ingrédients qui l'accompagnent. En plus du pain et de la saucisse, on y trouve de l'avocat, de la tomate, de la mayonnaise, etc. Les variations sont infinies : especial, dinamico, a lo pobre...

Nous sommes au Portal Fernández Concha, une galerie en bordure de la Plaza de Armas. C'est le temple du 'completo'. C'est ici qu'il a été inventé dans les années 1920. Aujourd'hui, on en trouve dans chaque aubette. Les chiliens sont debout, au comptoir, pour le déguster.

Ludovic est venu avec une idée bien précise. Il a déjà mangé un completo sur la Carretera australe, à La Junta. Il veut renouveler l'expérience gustative. Il choisit donc un completo italiano : avocat, mayonnaise, tomates... mais pas de saucisse, qui est remplacée par de la 'carne desmechada', de la viande effilochée. Un vrai délice, même si celui du food truck de la Junta était meilleur.

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Après avoir traversé un quartier agité, nous arrivons au pied du Cerro San Cristobal, une colline au milieu de la ville. Pour arriver au sommet, nous embarquons dans un funiculaire, monument historique de la ville. C'est une autre ambiance, plus calme et reposante, qui nous attend. Quel contraste avec le centre qui s'étale au pied du Cerro.

La ville est impressionnante depuis le point de vue. Elle s'étend à perte de vue. La chaleur est bien présente. C'est ce qui incite une partie des troupes à se reposer à l'ombre. Santiago, Manuel et Ludovic montent les quelques marches qui les séparent du sommet. Un charmante chapelle et une statue de la Sainte Vierge de l'Immaculé Conception recouvrent le sommet. La vue y est encore plus impressionnante. Ici, le panorama est à 360 degrés.

Le Cerro San Cristobal, c'est aussi un immense parc au cœur de la ville. Nous nous promenons au hasard des chemins.

Un téléphérique nous amène d'un sommet à l'autre. Ici, pas de skis, mais on peut y monter avec son vélo. Pratique pour n'avoir que la descente à effectuer.

Dernière étape dans le parc : une jolie plaine de jeux magnifiquement intégrée dans le paysage.

Mateo en rêve depuis des années. En fait, depuis qu'il en a goûté lors de notre dernier voyage en Colombie : un yaourt glacé de Yogen Fruz. D'abord, du yaourt et des fruits congelés sans sucre qu'on choisit au comptoir. Ensuite, un passage dans la sorbetière magique. Enfin, on déguste. Le résultat est délicieux. En plus, il parait que c'est plus sain qu'une crème glacée. On ne se prive donc pas après cette journée de promenade urbaine.

Santiago profite du centre commercial pour s'acheter un sweat au Hard Rock Café. Ce qui l'intéresse le plus : 'Santiago' inscrit en-dessous du logo du café. Cela aussi, cela fait plusieurs mois qu'il en rêve !

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Nous ne sommes pas très friands des grandes villes. Elles sont difficiles d'accès pour le Concorde, c'est compliqué d'y trouver un endroit pour dormir et nous ne sommes pas passionnés par les visites urbaines. La plupart des capitales européennes sont bien plus intéressantes que les villes sudaméricaines. Mais il y a une chose qu'on adore à chaque fois dans les villes, ce sont les musées. L'offre et la diversité y sont, à chaque fois, plus intéressants que dans les grands espaces.

Le Museo Interactivo Mirador, c'est la cité des sciences de la capitale chilienne. Les enfants sont impatients de le visiter. Des expériences à essayer, des boutons à tourner, des leviers à actionner, des milliers de phénomènes à observer... C'est fascinant !

Un atelier d'aérodynamique en famille. Une simulation de tremblement de terre. Un atelier de robotique. Ils passionnent les enfants. On y passe toute la journée. Tellement passionnant que la journée passe trop vite. On quitte les lieux avec l'envie d'en savoir plus. On n'est pas encore rassasié.

Après 10.000 kilomètres sur les pistes de Patagonie, un bon entretien est nécessaire pour le Concorde : vidange d'huile et changement de filtres... Çà lui fait du bien. C'est aussi l'occasion pour Ludovic d'améliorer son vocabulaire chilien avec les mécanos du garage : toutes les expressions typiques et les gros mots y sont passés !

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Le Musée de la Mémoire et des Droits Humains retrace une page sombre de l'histoire du Chili : la dictature du Général Pinochet.

Le 11 septembre 1973, des bateaux de la marine chilienne se positionnent dans le port de Valparaiso et s'emparent de la ville. Partout dans le pays, les militaires prennent le pouvoir. Ils ne rencontrent pas beaucoup de résistance, sauf à Santiago. A 9h du matin, le Palacio de la Moneda (le palais présidentiel) est assiégé par l'armée. Le Président socialiste Salvador Allende se retranche avec ses gardes du corps, après avoir évacué sa famille et le personnel. Vers midi, l'armée de l'air chilienne bombarde son propre palais présidentiel. A l'intérieur, Salvador Allende résiste mais finit par se suicider, à 14h, refusant de se rendre. Le Général Augusto Pinochet prend le pouvoir, soutenu par les Etats-Unis.

Pendant 17 ans, jusqu'en 1990, le régime dictatorial impose la terreur dans le pays : près de 3.200 personnes meurent ou disparaissent, 38.000 sont torturés et des centaines de milliers s'enfuient à l'étranger (dont une importante communauté en Belgique). Les enfants ne sont pas épargnés : 150 mineurs ont été assassinés, 40 ont disparu et 2.200 ont été emprisonnés et torturés. Des bébés sont arrachés à leur famille, perdent leur identité pour être déplacé et 'adoptés' dans d'autres familles, proches du régime.

Au début des années 1990, des Commissions de la Vérité sont mises en place pour faire la lumière sur ce qui s'est passé. Des pères, des mères, des frères et des sœurs veulent savoir ce qu'est devenu leur proche disparu. Aujourd’hui, trente ans plus tard, certains n'ont toujours pas de réponse.

Le Musée a été construit en 2010, pour rassembler les témoignages et trouver des réponses. Sa devise : «Nous ne pouvons pas changer notre passé. Nous ne pouvons qu'apprendre de ce que nous avons vécu. C'est notre responsabilité et notre défi ».

La visite est impressionnante. La chronologie du coup d'état fait froid dans le dos. En quelques heures, une démocratie bascule dans la dictature. Les témoignages des survivants rendent l'Histoire à notre portée.

Les témoins et les vestiges du passé sont émouvants. Les enfants sont impressionnés par la visite. Certains nous ont déconseillés d'emmener les enfants dans ce musée. Trop cruel, pour les petits. Mais c'est important, pour nous, qu'ils nous accompagnent. Pour qu'ils se rendent compte de ce qu'a vécu le peuple chilien. Pour qu'ils comprennent que nos démocraties sont fragiles et qu'il faut les préserver. C'est un travail de tous les jours. Pour qu'ils apprécient les libertés dont ils bénéficient au quotidien. Pour que, plus jamais, cela n'arrive.

La partie la plus émouvante du musée est certainement le mémorial, qui expose les milliers de photos des disparus. Derrière chaque portrait, il y a une histoire. Derrière chaque nom, il y a des souffrances. Derrière chaque visage, il y a une famille qui ne peut pas oublier et qui attend des réponses...

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Lorsque nous quittons Santiago, nous avons des problèmes avec le frigo. Nous trouvons un réparateur à Villa Alemania, un village à quelques kilomètres de la ville côtière. C'est un des seuls sur le continent qui peut effectuer ce genre de réparation. Pendant que nous visitons la ville, Erwin répare le thermocouple du frigo et essaie de trouver une solution pour notre air conditionné, en panne depuis la Bolivie.

Un métro relie Villa Alemania à Valparaiso. C'est le métro le plus atypique et le plus champêtre qu'on a jamais vu. Il parcourt la campagne, au milieu du désert, des montagnes et des cactus. Le paysage le plus insolite qu'on a observé à travers les fenêtres d'une rame de métro. Inoubliable.

La visite de Valparaiso est à l'image de celle de Santiago : perturbée par les manifestations. Stations de métro, office du tourisme et monuments fermés. Pas un seul touriste dans le port et le quartier historique. Cela n'a pas que des désavantages : nous sommes seuls et tranquilles dans les rues. Mais il y a quand même des inconvénients : nous devons quitter les lieux vers 14h et le sentiment de sécurité, dans un quartier désert, est fortement réduit. De plus, des incendies forestiers se rapprochent de certains quartiers de la ville. Dans le ciel, une fumée brune s'élève au dessus des montagnes qui encerclent la ville.

C'est donc au pas de course que nous commençons notre promenade, un peu au hasard, faute d'information touristique disponible sur place. Le port touristique est charmant. Pour rejoindre les hauteurs, nous embarquons dans un des célèbres funiculaires qui font le charme et la renommée de la ville. En haut, le paysage dévoile les milliers de maisons qui tapissent les flancs des collines qui entourent la baie.

Les rues sont pavées. Les maisons sont colorées. Les fresques donnent une atmosphère bohème au quartier. Chaque coin de rue est l'occasion d'une nouvelle découverte picturale. La balade est agréable sous le soleil.

Nous redescendons dans le port pour remonter en direction du Musée naval, hélas également fermé. Nous profitons du point de vue et d'un petit resto où nous dégustons les traditionnelles empanadas chilienne. Il est déjà l'heure de retourner vers le Concorde.

Sur le chemin du retour, nous faisons une halte à Viña del Mar, une station balnéaire de la banlieue de Valparaiso. Là aussi, les sites touristiques sont fermés. Et le spectacle n'est pas beau à voir : le mobilier urbain, les feux de signalisation, les vitrines des magasins et des banques sont saccagés... Drôle d'ambiance...

Nous quittons les villes du centre du chili en direction du nord et du désert de l'Atacama. L'un des plus arides au monde...