#14 - Les glaciers de Patagonie

Nous changeons de cap pour remonter la Cordillère des Andes. Entre le Chili et l'Argentine, nous découvrons l'un des plus grands champs de glace au monde...
Du 19 octobre au 2 novembre 2019
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C'est probablement le plus grand choc commercial que nous ayons eu jusqu'ici. Le genre de choc qui engendre un bond spatial et culturel inouï. Un choc qui nous remet les pieds sur terre après plusieurs mois de voyage sur un autre continent.

Apres avoir franchi le Detroit de Magellan et quitté la Terre de Feu, nous devons nous ravitailler. Pendant un temps, on s'est arrêté sur le bord de la route pour calculer. On a hésité à prendre le ferry pour remonter vers la Carretera australe. Des voyageurs à Ushuaia nous ont dit que c'était génial. Et ils ont probablement raison. Mais quand on est 6 et qu'on est étranger, au Chili, les prix explosent. Pour les entrées aux parcs naturels, le prix est doublé ou triplé. On s'en accommode, même si on fait de temps en temps la grimace. Mais quand il s'agit d'une croisière de 2 jours sur un ferry, cela devient impayable. On décide donc de continuer notre route vers Puerto Natales et le Parque Torres del Paine.

Notre arrêt à Punta Arenas n'est donc qu'une étape de ravitaillement. A l'entrée de la ville, nous nous arrêtons pour faire le plein : du carburant et des victuailles. Le premier supermarché à notre portée est immense, mais il fera l'affaire !

C'est en parcourant les rayons que le choc se produit : des produits belges dans les rayons ! On peut imaginer les produits phares de la Belgique, ceux qui font la renommée internationale de notre pays : les chocolats, les pralines, les gaufres, les bières spéciales, etc. Des produits de qualité dont on est fier !

Pourtant, on est loin de cette fierté nationale ! Des boites de petits pois, des pâtes, des bocaux de choux rouges, des biscuits, des cornichons... Et pas n'importe lesquels ! Tous des produits Everyday de la marque Colruyt ! Pourquoi ? Comment ? On ne sait pas vraiment, mais on reste bouche-bée devant les boites de conserves... étiquetées en français et en néerlandais, sans un mot d'espagnol ! Avec comme une impression de décalage spatial, comme si on faisait nos courses au Colruyt de Braine-le-Château un mercredi après-midi !

On a pris une gifle, mais un produit spécifique nous mettra KO : la Cara Pils ! C'est une bière mythique en Belgique. Pas pour son goût, pas pour sa qualité, pas pour les arômes qu'elle dégage... Non, la Cara Pils, c'est la bière des étudiants en fin de mois, la bière des ivrognes qui ont besoin de leur dose d'alcool journalière, la bière des fauchés ! La Cara Pils, c'est la bière la moins chère. Celle que l'on prend quand on a plus que quelques pièces en poche. C'est aussi, probablement, la pire bière de Belgique : elle est fade et insipide... Mais elle est mythique ! Il y a quelques années, quand le groupe Colruyt a voulu arrêter sa production, des voix se sont levées, et on a finalement continué à la produire.

Des bières belges, on en retrouve partout en Amérique. La Stella Artois est la plus répandue. Mais jamais je n'aurais imaginé tomber nez à nez avec une Cara Pils en Patagonie. Finalement, on n'a pas craqué pour la bière, mais on a craqué pour des produits qu'on a plus mangé depuis longtemps : des cornichons, des pâtes, du chou rouge... tous de la marque Everyday.

Reste une question : Pourquoi les produits Colruyt se sont ils retrouvés au fin fond du Chili ? Quel intérêt pour un Chilien d'acheter des petits pois belges ? On ne sait pas vraiment. Encore une dérive du commerce mondialisé. On a trouvé un début de réponse au moment de sortir du supermarché : nous sommes dans la zone franche du port de Punta Arenas, une zone détaxée où sont importés des produits du monde entier, vendus hors-taxes. C'est ici que les Argentins et les Chiliens viennent acheter leur électroménager, leurs parfums et... leurs petits pois belges ?!

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Le Parque Nacional Torres del Peine est un des plus beaux parc d’Amérique du Sud. Il est reconnu mondialement pour ses randonnées merveilleuses (dont le fameux W, une randonné de plusieurs jours dans le parc), ses lacs turquoises, ses montagnes aux pics acérés, ses glaciers, ses torrents, ses cascades et ses vents d'une force extrême, capables de renverser un bus ou un motorhome.

Nous approchons du Campo de Hielo Sur, le Champ de Glace du Sud, le plus grand champ de glace au monde, après l’Antarctique et le Groenland. Il couvre la Cordillère des Andes sur plusieurs centaines de kilomètres, entre l'Argentine et le Chili. Tous les parcs nationaux de la région y sont liés.

Avant de rentrer dans le parc, nous faisons une halte à Puerto Natales. Le temps de faire quelques courses. Sur la piste qui nous amène à Torres del Paine, nous apercevons au loin les montagnes impressionnantes, gigantesques et magnifiques. Elles sont irréelles. On se rend compte que c'est un autre monde. Après des milliers de kilomètres dans la Patagonie atlantique, entièrement plane et sèche, nous abordons la Patagonie andine, montagneuse et pluvieuse.

Lorsque nous arrivons au Parque de Torres del Paine, la chance est avec nous : c'est la journée chilienne du Patrimoine et l’entrée au parc est gratuite. Une bonne nouvelle qui nous fait économiser 80 EUR. Toujours bon à prendre.

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Le Lago Grey est un lac issu d'un glacier : le Glaciar Grey. Pas très compliqué à retenir ! Même si le glacier ne cesse de se rétracter depuis plusieurs dizaines d'années, il continue de lâcher des blocs de glace immenses dans le lac. Poussés par le vents, les icebergs viennent s'échouer sur la rive opposée, à plusieurs kilomètres de là.

La promenade commence dans la forêt, d'où un pont suspendu nous emmène de l'autre côté du torrent. A travers le feuillage des arbres, on perçoit la silhouette bleue intense des icebergs du lac. Une longue plage de galets referme le lac. Le vent puissant venu du glacier pousse les icebergs vers la rive et nous empêche de progresser. Nos pas doivent redoubler de puissance pour vaincre cette force qui nous pousse vers l'arrière.

Mais nos efforts sont récompensés : les blocs de glace sont immenses et d'une couleur bleue extraordinaire, oscillant entre le bleu clair et le bleu profond. En fonction du passage des nuages et de l'ensoleillement, les couleurs changent à chaque instant. Nous nous asseyons en cercle sur la plage pour prendre le casse-croûte. Il fait froid et venteux, mais nous avons une des plus belles vues au monde, au pied des géants de glace.

Après avoir repris des forces, nous continuons notre exploration vers une péninsule qui s'enfonce dans les eaux du lac. Nous découvrons un autre point de vue : les icebergs viennent mourir sur les rives avant de fondre . Une fois de plus, nous profitons du paysage unique.

La promenade nous emmène ensuite à l'intérieur de la péninsule. Nous quittons donc le lac, mais les trouées dans la roche et la végétation nous laissent un contact visuel permanent avec les icebergs bleus. Le sentier est charmant. Il serpente de manière agréable dans la presqu'ile.

Au moment où nous rejoignons la plage, Santiago apparaît à l'horizon. Il était resté au Concorde pour se reposer. Il entame le parcours en solitaire.

Quand nous rejoignons le Concorde, Nicole et Jean-Claude, le couple alsacien rencontré en Terre de Feu, nous a rejoint. Nous passons la soirée en leur compagnie, autour d'un agréable apéro. Nous passons la nuit sur le parking du Lac, face au vent pour éviter les turbulences.

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Après une nuit passée au Lago Grey, nous prenons la route pour poursuivre la visite du parc. Mais une pierre mal placée va sectionner un tube de frein. Par chance, nous sommes à quelques mètres du Centre de visiteurs du parc. Nous passons donc la journée sur le parking au cœur du parc, le temps de réparer les dégâts. Le cadre est splendide et nous dormons sur place.

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Nous nous enfonçons encore plus dans le parc. Les paysages de lacs et de montagnes sont magnifiques. Le Lago Pehoe est d'une couleur turquoise intense. Les montagnes enneigées complètent la carte postale. Nous nous arrêtons pour une petite promenade le long du lac, à la recherche du Salto Chico.

Des caillebotis nous permettent de cheminer jusqu'à un hôtel qui bénéfice d'une vue imprenable sur le lac.

Nous atteignons le Salto Chico (la Petite Chute), qui relie deux lacs. Santiago et Mateo, qui ont choisi de faire la balade à deux, nous rejoignent en fin de parcours.

Un peu plus loin sur le lac, un point de vue nous fait découvrir le Salto Grande, une autre cascade qui alimente le Lago Pehoe.

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Le vent est toujours bien présent dans ce secteur du parc. Manuel est encore d'attaque pour une promenade. Ses frères et sœur passent leur tour et attendent dans le Concorde. La première partie du parcours nous emmène au Salto Grande (la Grande Chute), la plus grosse chute d'eau du parc. La force de l'eau est impressionnante.

Les Cuernos del Paine (les cornes de Paine) sont moins connues que les Torres. Mais elles sont tout aussi impressionnantes. Lors d'un mouvement tectonique, ses pics noirs sont sortis de terre il y a plusieurs millions d'années. Avec les frictions dues à la poussée, les roches du sommet ont été carbonisées, prenant une couleur noire surprenante, mais superbe.

Nous croisons un troupeau de guanacos avant d'arriver au pied des 'Cuernos', face au Lago Nordernskjöld. Dans cette partie du parc, un incendie causé par des visiteurs imprudents a détruit toute la forêt. La végétation peut difficilement repousser sous ces latitudes. Nous admirons donc un paysage d'arbres nus, assez joli, mais qui est tout autre que ce qu'on pouvait admirer il y a quelques années. Mateo a décidé de se dégourdir les jambes et nous rejoint à mi-chemin.

Nous rejoignons le Nord du parc, en bordure du Rio Paine, pour passer la nuit. Deux couples brésiliens, une famille polonaise et nos amis alsaciens sont sur place également. Manuel part à la découverte des lieux. Nous profitons du coucher de soleil derrière les Torres : demain matin, nous entamons leur ascension !

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Las Torres del Paine (Les tours de Paine) est le lieu le plus emblématique du Parc, auquel elles ont donné leur nom. Ce n'est pas pour rien. Les 3 tours de granit sont spectaculaires. Mais elles ne sont accessibles qu'après une randonnée de plusieurs heures. 11 kilomètres d'ascension et 11 km de descente. Voilà ce qui attend Santiago, qui a décidé de découvrir les tours. La journée n'est pas idéale, des nuages gris recouvrent la montagne. Elles sont rarement visibles, ces tours, et le temps change rapidement. Santiago entame donc l'ascension avec l'espoir que le ciel se dégage dans la matinée. Il est 8h, et il n'y a pas beaucoup de monde à cette heure-ci. A part quelques groupes qui ont dormi dans l’hôtel situé au pied de la montagne, il n'y a personne. Nous sommes parmi les premiers à entamer la montée.

L'ascension des Torres commence par plusieurs kilomètres de dénivelé positif. Çà grimpe fort, et le chemin n'est pas facile. Mais doucement, Santiago avance un pas, puis l'autre. Rapidement, la fraîcheur du matin se dissipe et le corps en mouvement se réchauffe.


On lui a dit que les premiers kilomètres sont les plus pénibles. Après le Paso de los Vientos, le relief devient moins escarpé. Un légère descente, suivi d'une légère montée, suivi... ici, ce n'est jamais plat ! On est toujours dans une descente ou une montée. Et ce n'est que le début. Mais Santiago pense déjà aux aménagements possibles sur le parcours : "Pourquoi n'installent-ils pas un téléphérique ? Ou un escalator ? Ou un chemin qui longe la rivière, quitte à installer des passerelles ? Bref, tout ce qui pourrait lui éviter de devoir monter... Mais peu à peu, il continue de monter.

Le Refugio Chileno (le refuge chilien) est déjà en vue. C'est le seul sur le parcours. Santiago ne s'y attarde pas, le chemin est encore long.

La deuxième partie de la randonnée est plus boisée. Santiago remonte la rivière au milieu des sources, des torrents et des pont qui enjambent les ruisseaux. Au-dessus de sa tête, le ciel est déjà moins gris, mais les tours restent hors de vue. Un glacier apparaît au bord de la falaise. Les premiers signes de fatigue font aussi leur apparition. Pourtant, le plus dur reste à faire...

La dernière partie de l'ascension est réputée être la plus difficile. Ici, on ne parle plus de randonnée ou de trekking. Ici, cela devient de l'alpinisme, ou plutôt de l'andinisme, puisque nous sommes dans la Cordillère des Andes. On est à la limite de l'escalade. L'organisme est déjà fatigué par les 10 kilomètre de montée. Il reste à peine un kilomètre pour arriver au sommet. Mais quel kilomètre ! Le sentier à disparu, et il faut à présent remonter un champ de roches. Les pas sont devenus irréguliers. Chaque pied qui est posé doit être appliqué : on choisit une pierre où le poser, on repère une prise de la main pour fournir une impulsion et on pousse sur les jambes pour faire le pas suivant. C'est dur. C'est essoufflant. Et cela prend du temps. A chaque pas, le sommet est plus proche, même si la progression est parfois imperceptible, car très lente. Les moments de repos sont indispensables pour reprendre des forces et éviter un faux pas.

Mais bientôt, il ne reste que quelques pas. A l'entrée du cirque qui entoure le lac, Santiago dépose une pierre, comme une preuve de son passage. Il lève la tête pour admirer les trois tours qui sont à présent dépourvues de nuages. Le spectacle est incroyable !

Arrrivé au sommet, Ludovic rejoint Santiago pour la photo souvenir ! De l'autre côté du lac, trois murs en granit de 2 kilomètres de hauteur s’élèvent vers le ciel gris.

Nous sommes presque seuls à ce moment-là. Seuls quelques randonneurs sont arrivés avant nous. Les autres sont encore derrière. Nous ne sommes qu'à 800 mètres d'altitude et le dénivelé que nous avons franchi n'est que de 700 mètres, mais la difficulté du terrain a rendu cette randonnée épuisante.

Le sommet de la plus haute des tours culmine à 3.000 m. Quel privilège de pouvoir les observer dans ces conditions. Nous profitons du site pour reprendre des forces et manger. Mais le vent et le froid nous imposent de nous remettre en mouvement. Et il faut redescendre ce que nous avons monté, ce qui n'est pas plus facile...

La descente est encore plus éprouvante que la montée. A chaque pas, il ne faut pas tomber, il ne faut pas glisser... Santiago trouve son rythme. Ludovic a plus de mal. Nous arrivons enfin au Refugio chileno. Une pause est nécessaire. Ludovic sort de son sac un trésor : une barre de chocolat. On en trouve pas beaucoup dans ces régions, et on l'avait gardée pour une grande occasion. On l'a aussi portée, jusqu'au sommet ! Alors on l'a bien méritée, et on la savoure comme jamais.

La partie la plus difficile du parcours est derrière nous, mais il faut encore redescendre dans la vallée. La progression est lente pour Ludovic. Et Santiago est freiné dans son cheminement, à force d'attendre son père. Les chemins ne sont pas plats, et de nombreux cailloux accentuent la difficulté sur ce terrain instable. Mais on continue d'avancer.

La vallée est en vue. Bientôt nous franchissons le petit pont au-dessus de la rivière. En contrebas, des chevaux retournent à leur enclos, encadré par un gaucho chilien. Nous arrivons à l’hôtel et il ne nous manque qu'un kilomètre avant d'atteindre le Concorde. Le ciel s'est dégagé et les tours apparaissent enfin.

Enfin, Santiago et Ludovic arrivent à la fin ! Après 11 heures de marche, ils sont a(u) bout. Ils sont accueillis comme des héros par le reste de la famille qui avait anticipé leur arrivée dès que le talkie walkie avait capté le signal du retour en arrivant au dessus de la vallée.

On ne peut pas dire que cela ait été facile. Au contraire, ils ont puisé dans leur force et leur courage pour aboutir. L'expérience est incroyable. Ils sont épuisés et fiers d'avoir réussi ce qui, pour eux, est un exploit. Ils n'oublieront jamais ce moment passé ensemble au cœur des montagnes chiliennes.

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Nous quittons Les Torres del Paine pour rejoindre El Calafate, la ville étape pour visiter le célèbre glacier Perito Moreno (à ne pas confondre avec la ville de Perito Moreno et le parc national de Perito Moreno). La route est peu fréquentée et nous passons un minuscule poste frontière au milieu de la Patagonie.

Le lendemain matin, nous nous levons tôt pour profiter d'un des plus célèbres glaciers du monde : le Perito Moreno. Un des seuls glaciers qui, à défaut de progresser, reste stable. C'est aussi un glacier facilement accessible, à seulement 185 m au dessus du niveau de la mer. Lorsque nous franchissons l'entrée du Parque Nacional Los Glaciares, une pluie intense nous prédit une journée morose. Mais c'est sans compter sur les vents de Patagonie qui balaient les nuages en quelques minutes. Pendant toute la journée, la météo sera changeante, nous faisant passer d'une saison à l'autre en quelques minutes.

Nous sommes les premiers dans le parc ce jour-là, ce qui nous laisse le privilège de trouver un emplacement de parking en face du glacier. Pendant toute la journée, nous ferons des aller-retour vers le glacier : à chaque fois, nous le voyons sous un jour différent en fonction de l'ensoleillement et de la lumière qui l'éclaire.

Nous commençons par le passage supérieur, qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble sur le glacier. L'immensité est impressionnante ! A perte de vue, une étendue blanche s'enfonce vers l'horizon. Des milliers de pics de glace se dressent vers le ciel. Un véritable champ de glace. En arrivant dans le lac, le glacier forme un mur de 70 mètres de haut et de 5 kilomètres de long.

Sans qu'on sache vraiment d'où ils viennent, le glacier produit des sons sourds et graves. Des craquements intenses qui aboutissent parfois à la chute d'un bloc de glace dans le lac, créant une vague qui vient s'écraser sur les berges de la Péninsule de Magellan depuis laquelle nous admirons le spectacle. C'est aussi ici que la péninsule entre en contact avec le glacier. Tous les 3-4 ans, un bouchon de glace se forme à cet endroit, empêchant l'eau de se diriger vers le Lago Argentino. L'eau s'accumule et la pression finit par rompre le barrage de glace qui s'est formé. Un spectacle que nous n'aurons pas la chance de voir. Mais selon les prévisions, cette 'Grande Rupture' va se produire dans les prochains mois.

Un peu plus tard dans la journée, nous parcourons le passage inférieur qui nous permet d'admirer la hauteur du mur de glace. Le retour s'effectue sur des passerelles qui traversent la forêt.

Sur le coup de midi, le ciel bleu apparaît et le soleil change la couleur de la glace. Le spectacle est totalement différent. Les couleurs s'illuminent, le blanc est devenu aveuglant et les nuances de bleus plus intenses.

Fin d'après-midi, c'est la tempête qui s'annonce. D'immenses nuages gris font leur apparition dans le ciel. Des vents balaient la pluie sur le glacier. On prend conscience de la force des éléments de la nature et on en profite pour terminer la promenade dans une ambiance automnale. Il n'y a plus personne dans le parc. Nous avons le glacier pour nous tout seuls. Un moment inoubliable...

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Des restaurants argentins avec cuisine au feu de bois, on en a déjà vu des dizaines. A travers la vitrine, on peut admirer les morceaux de viande entiers qui grillent au-dessus de la flamme. Mais Casimiro Bigua, à El Calafate, a quelque chose de plus que les autres. La gérante du magasin de skis de Villa Pehuenia nous avait conseillé : "Si vous allez à El Calafate, vous devez passer par Casimiro, il a le meilleur agneau de toute la Patagonie !". Avant de partir voir le Glacier Perito Moreno, on était donc passé devant et on avait réservé une table. L'ambiance y était chaleureuse et le menu alléchant. On sentait que ce ne serait pas un resto comme les autres. Les enfants ont voulu mettre une chemise ou une robe, la seule qu'ils ont dans leur armoire... le moment est solennel !

Et on peut dire qu'on n'a pas été déçu. D'abord pour le service, qui est soigné et attentif. Pas comme en Bolivie, où on nous avait déposé une pile d'assiette sur la table, l'air de dire : "Débrouillez-vous !", avant de passer les plats dans le désordre... Ensuite, pour l'atmosphère : un feu de cheminée, une décoration soignée, le sourire du serveur... Enfin, pour ce qu'on a dans l'assiette : des produits de qualité, des accompagnements bien élaborés, des légumes appétissants... il y a longtemps qu'on n'a plus vu cela dans un restaurant. Manuel et Catalina se sont lancés sur une 'milanesa' (viande panée) maison avec de la purée. Santiago goûte à un morceau de Guanaco, un peu décevant car peu savoureux. Mateo, Edna et Ludovic optent pour la spécialité de la maison : un agneau de Patagonie, accompagné de son chimichurri (sauce à base d'huile et d'herbes qu'on retrouve en accompagnement de toutes les viandes argentines). Et, comment dire ? Comment décrire ce qu'on a goûté ? Difficile d'expliquer, mais c'est certainement le meilleur agneau qu'on ait jamais mangé ! Tout le monde se régale et la bonne humeur est dans l'assiette et à table...

En attendant le dessert, des danseurs traditionnels de Patagonie nous font une petit démonstration. L'ambiance monte dans le restaurant. Et puis les desserts : somptueux ! Avec comme ingrédient régional : les "Calafate", des baies sauvages de Patagonie qui ont donné leur nom à la ville. Elles se déclinent en mousse, en glaces, en coulis, ou simplement fraîches... Nous retournons dans le Concorde heureux de la soirée et de cette gastronomie qui nous a régalés.

Casimiro Bigua Restaurant

Av. Libertador 963 - El Calafate

http://www.casimirobigua.com/restaurant.php

A ne pas rater si vous passez par El Calafate.

Attention, il y a deux restaurants de la même enseigne dans la rue. Nous avons opté pour le 'Restaurant' au numéro 963.

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Le Fitz Roy n'est pas une montagne comme les autres. Ses hauts pics et sa forme particulière en font une montagne unique en Patagonie. A côté des autres montagnes, elle se détache clairement sur l'horizon qui nous amène à El Chalten. Chaque année, des alpinistes rêvent de la gravir. Certains y laissent parfois leur vie...

El Chalten est un petit village perdu au milieu des montagnes. Le paradis des alpinistes et des randonneurs. Après avoir pris des informations au bureau des 'guardaparques', nous nous décidons pour une petite balade vers le 'Chorillo del Salto, une jolie chute d'eau qui descend de la montagne.

Ensuite, nous bivouaquons en face du bureau du Parque Nacional de los Glaciares, au pied d'immenses falaises.

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Nous ne monterons pas jusqu'au sommet du Mont Fitz Roy ! Seuls les alpinistes chevronnés peuvent l'atteindre, non sans risques. Nous choisissons plutôt une promenade de 8 kilomètres qui nous amène au point de vue du Fitz Roy et à la Laguna Capri. Le temps est idéal pour la randonnée : soleil, ciel bleu et une vingtaine de degrés. Au fur et à mesure de la montée, en contrebas, la vallée se découvre.

Déjà, les premiers sommets acérés du Mont Fitz Roy font leur apparition. Mais il reste encore du chemin avant d'arriver au point de vue. Le moral est bon et, après un petit pique-nique, nous continuons l'ascension.

Nous arrivons au point de vue sur la montagne légendaire. La vue est dégagée et le paysage est superbe. Dans le ciel, les condors tournent à la recherche d'une proie ou des courants qui leur permettent de s'élever.

Nous continuons jusqu'à la Laguna Capri pour le goûter. L'eau est fraîche, mais d'une pureté extraordinaire. On en profite pour remplir les gourdes.

La descente est plus compliquée pour Manuel et Catalina. Mais la fatigue est vite oubliée grâce aux chansons qui redonnent du courage. "L'alphabet scout" est le hit de la journée ! Alors que nous rejoignons notre emplacement de bivouac, le soleil se couche sur les falaises et les alpinistes terminent leur escalade.

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C'est l'histoire d'une galère. Ou plutôt de plusieurs galères. On peut parler de loi des séries. Le genre de moment où tous les voyants du Concorde se mettent au rouge. Comment en sortir ? Ne pas paniquer et garder son calme. La solution n'est jamais loin. Çà, c'est pour la théorie, parce que dans la pratique, il faut une sacrée dose de volonté et de patience pour tenir le coup. C'est le genre de galère qui peut compromettre un voyage. Voire pire, la sécurité de tous... Et çà, c'est nerveusement fatigant.

Le Concorde a sa propre assistance technique : Les Mécanos d'Ushawa. Philippe et Grapy qui veillent, depuis la Belgique, à répondre à la moindre question de Ludovic... Souvent, c'est suffisant pour trouver une solution. Mais parfois, c'est plus compliqué ou il n'y a pas de réseau... la Belgique ne répond plus !

Heureusement, il y a les mécanos de Patagonie. Ils sont prêts à tout pour vous aider. Ils n'ont pas beaucoup de moyens ni de pièces détachées, mais ils sont touche-à-tout et trouvent toujours une solution pour que l'on puisse continuer notre route. Alors que dans nos pays hyper organisés, on doit parfois attendre plusieurs jours, le temps de commander une pièce, ils proposent une solution en quelques minutes. Ce n'est pas toujours la meilleure solution. Mais c'est la solution qui permet de s'en sortir, le temps de trouver une réponse définitive. Cet article est un hommage à tous ceux qui nous ont aidé sur les routes de Patagonie...

L'histoire commence dans le Parque Nacional Torres del Paine. Alors que nous quittons le parking du Lago Grey où nous avons passé la nuit, Ludovic ressent un grand vide dans la pédale de frein ! Il se gare au bord de la piste pour évaluer les dégâts. C'est la conduite de frein arrière gauche. C'est probablement une pierre qui l'a percutée. Elle est sectionnée. A chaque fois qu'on enfonce la pédale, le liquide de freins gicle...

Heureusement, nous sommes en terrain plat et à quelques centaines de mètres seulement du Centre de visiteurs du parc. Ludovic conduit le Concorde sur le parking, en veillant à ne pas toucher les freins. Nous devons trouver de l'aide. La ville la plus proche est à 150 kilomètres. Dans le parc, pas de garage et nous ne captons aucun signal téléphonique...

Nous passons au bureau des gardes pour demander de l'aide. Ils nous prêtent un téléphone, pour que nous puissions joindre un garage à Puerto Natales. Mais les recherches sont vaines. Le fournisseur de pièces détachées de Punta Arenas nous prévient : il n'est pas sûr de trouver une pièce pour Iveco en Patagonie. La pièce devrait venir de Santiago et avec les manifestations en cours, tout est bloqué. On abandonne la piste...

Notre salut vient d'un chauffeur de bus, qui nous explique qu'il faut trouver un moyen de boucher la conduite de freins endommagée pour rétablir la pression sur les trois autres roues. Apparemment, cela freine un peu moins bien, mais cela freine ! Et cela nous permet de continuer notre route jusqu'à la prochaine ville.

La première technique pour boucher la conduite ne sera pas efficace : plier le tube n'est pas suffisant. La pression est trop forte et le liquide de freins gicle toujours. Mais le deuxième essai est payant. Suite au conseil du chauffeur de bus, Ludovic introduit une vis dans le diamètre de la conduite. Le bouchon est parfait ! Après quelques essais, la délivrance est là : çà freine ! Il est déjà tard et nous décidons de passer la nuit sur place.

Dans les jours qui suivent, le Concorde a un comportement presque normal avec 3 freins sur 4. Il faut juste rester un peu plus prudent. Quand nous arrivons à El Calafate, 250 kilomètres plus loin, nous nous mettons en quête d'un mécano qui puisse nous réparer la conduite de frein. On fait la rencontre de Lucas. Ce n'est pas vraiment un garage, plutôt un terrain vague sur lequel il répare les voitures. Lucas n'a pas de tubes de freins. Il emmène Ludovic chez un spécialiste des voitures de courses qui peut nous fournir un tube de compétition. Mais le prix est aussi de compétition : trop cher pour notre bourse. On se met en quête d'une autre solution. Lucas nous propose de mettre une conduite en cuivre, mais nous avertit aussi que ce n'est pas très fiable comme solution. Finalement, la solution viendra d'une épave de Volkswagen (apparemment une Gol, modèle qu'on trouve en Amérique, hybride entre une Golf et une Polo) qui traîne sur le terrain : les tubes de freins sont les mêmes que sur le Concorde. Un coup de bol !

Lucas en profite pour ressouder le support du préfiltre à diesel, que nous avons installé avant de partir pour pallier au mauvais carburant qu'on trouve dans certains pays. Il s'est cassé à cause des vibrations. C'est un détail qui a son importance, parce qu'il est déterminant pour la suite... Le Concorde est prêt à reprendre la route.

Nous quittons El Calafate pour rejoindre El Chalten. Une piste de 70 kilomètres maltraite le Concorde : ça vibre beaucoup. Au bout de plusieurs dizaines de kilomètres, le moteur chauffe. On s'arrête au milieu de nulle part pour constater les dégâts : il n'y a plus de liquide de refroidissement. Pire, c'est le radiateur qui est endommagé ! Après quelques minutes d'inspection, Ludovic pose le diagnostic : le support du radiateur est brisé. Avec les vibrations, le radiateur a bougé et a frotté contre des vis. Il a fini par se percer. Il faut réparer et trouver un garage. Un brésilien qui passait par là vient à notre aide. Il fixe le radiateur avec un élastique que Ludovic avait gardé, "au cas où". Ce n'est pas parfait, mais cela doit tenir jusqu'au garage. La fuite est toujours là. Le Concorde avance doucement en essayant de ne pas surchauffer. De temps en temps, il faut s'arrêter pour rajouter de l'eau dans le circuit.

Lorsque nous arrivons à la ville de Gobernador Gregores, nous faisons la connaissance de Luciano, un jeune mécano passionné de courses de voitures qui accepte de nous dépanner. Pendant qu'il examine le moteur, son papa vient à notre rencontre. Nous discutons avec lui pendant que Luciano cherche une solution. D'abord, il faut réparer le support : une petite soudure et un coup de peinture et la pièce est opérationnelle. La réparation du radiateur est plus compliquée. C'est la partie en plastique qui est percée. Il faut trouver quelque chose qui résiste à la chaleur et à la pression. Luciano trouve la solution à la quincaillerie du coin : une pâte à souder qui résiste aux hautes températures. Il ajoute une vis pour boucher le trou et colmate avec la pâte. Nous attendons le séchage complet avant de remonter le radiateur. Çà a l'air de tenir, mais il est déjà tard et nous ne trouvons plus de liquide de refroidissement ce soir. Il nous propose de passer la nuit devant son garage et de venir tester le moteur demain matin.

Nous avons fait une belle rencontre en tombant sur Luciano et sa famille. Une fois de plus, nous prenons du plaisir à discuter avec les gens que l'on rencontre. Nous garderons un bon souvenir de Gobernador Gregores où nous nous sommes faits de nouveaux amis...

Le lendemain matin, Luciano est au rendez-vous. L'essai est minutieux et concluant. Nous reprenons la route.

A peine quelques kilomètres plus loin, le voyant rouge du liquide refroidissement s'allume sur le tableau de bord du Concorde. Zut, la réparation n'a pas tenu. Ludovic ressort sa lampe de poche et sa caisse à outils. Apparemment, ce n'est pas le trou dans le radiateur qui fuit. La réparation a l'air de tenir le coup. Ludovic resserre les durites du radiateur, en espérant que ce soit suffisant.

Un peu plus loin sur la route, alors que nous quittons l'asphalte pour du ripio (chemin de tôle ondulée) qui mène à Cueva de la Manos (des pétroglyphes laissés par des hommes il y a plusieurs milliers d'année), un immense panneau nous avertit de la dangerosité d'une descente. Ludovic teste les freins et repère une anomalie. Quelques mètres plus loin, le Concorde est complètement à l'arrêt : les freins ne répondent plus ! Ce n'est pas le frein arrière gauche qui est en cause : il n'y a pas de fuites à cet endroit-là. Cette fois-ci, c'est plus grave : c'est la conduite de frein qui sort du maître-cylindre qui est cassée net. Pas moyen ici de mettre un bouchon. Sinon on n'a plus de freins du tout.

L'avantage de voyager en motorhome, c'est que, quoi qu'il arrive, on a de quoi vivre sur place pendant plusieurs jours. Nous somme autonomes. Mais la situation est tendue : le soleil commence à se coucher, la ville la plus proche est à 100 km, nous sommes seuls sur un chemin balayé par des vents violents et personne ne passe par ici.

Ludovic repense aux épisodes de Mac Gyver et aux Carnets du Bourlingueur qu'il a vu pendant sa jeunesse. Il finit par trouver une solution. Pas évidente, mais c'est la seule solution possible : condamner le frein arrière gauche avec le bouchon qu'il a bricolé à Torres del Paine et récupérer la conduite de frein pour la placer à la sortie du maître cylindre. Dans le vent, le froid, la poussière et l'obscurité qui se fait de plus en plus grande, il commence à démonter la roue pour tenter de réparer.

Alors qu'il est en dessous du camion, une voiture argentine s'arrête. Le conducteur ne peut rien faire pour nous aider, mais il propose de prévenir l'office du tourisme de Perito Moreno, où il se rend, qui pourra signaler à la police nos difficultés. On accepte volontiers, ne sachant pas encore si on pourra réparer sur place.

Après plusieurs heures de démontage-remontage, Ludovic teste les freins. Çà marche ! Enfin, pas complètement. Les freins ne sont pas opérationnels à 100%. En fait, ils freinent à peine. Mais cela doit être suffisant pour rejoindre Perito Moreno.

Quelques centaines de mètres plus loin, alors que le Concorde s’apprête à rejoindre la route asphaltée, une voiture de police s'arrête à notre hauteur. Ils sont venus à notre secours grâce au conducteur qui a prévenu l'office du tourisme. Les policiers sont heureux d'apprendre que nous avons pu réparer et annulent la dépanneuse qui était déjà en route. Ici, il n'y a pas de Touring Secours, mais la solidarité et l'entraide de la Patagonie fonctionnent. C'est rassurant.

Cette fois, la nuit est complète sur ce coin de Patagonie. Les 100 kilomètres qui nous séparent de Perito Moreno seront les plus longs du voyage : sans freins, dans le noir, sur une route inconnue et montagneuse. La délivrance arrive quand nous nous garons sur la station essence de la ville. La nuit sera bonne pour tout le monde.

Le lendemain, le garage du coin ressoude la conduite endommagée et resserre les durites du radiateur. Des freins et plus de fuite... on est prêt à monter sur la carretera australe, une des routes les plus difficiles des Amériques.

Mais on est pas encore au bout de nos surprises. A quelques kilomètres de la Carretera australe, la piste secoue trop fort le Concorde. Les vibrations ont été importantes et les freins ne répondent plus. Ludovic arrive à mettre le Concorde sur le bord de la route et constate, une fois de plus, les dégâts : c'est de nouveau la conduite du maître cylindre qui a lâché ! Au même endroit que deux jours plus tôt. Cela ne peut pas être un hasard. Il y a quelque chose qui ne fonctionne pas dans le Concorde. Ludovic tente une ultime réparation mais il est arrivé au bout de ses idées. Mac Gyver et les Carnets du Bourlingueur ne suffisent plus. Il faut trouver un dépanneur. Nous sommes à 6 kilomètres de Puerto Guadual. Edna arrête la voiture d'un jeune couple qui part en week-end. Ils la conduisent chez Claudio, le mécanicien du village. Mais il est trop tard et Claudio a déjà rangé sa salopette pour aujourd'hui. Il nous promet de passer demain matin avec ce qu'il faut pour réparer. Nous passons donc la nuit sur le bord de la piste, sans freins et en pente. Tout le Concorde est incliné vers l'avant gauche. Chacun trouve une place pour passer la nuit de travers. La position est inconfortable, mais la vue sur le Lago General Carrera est superbe. On ne peut pas tout avoir.

Vers midi, Claudio vient nous dépanner. Il a façonné une conduite en cuivre qui semble tenir le coup. Il nous conseille de faire réparer le système à Coyhaique, la plus grande ville de la Carretera australe.

Sur la route qui mène à Coyhaique, le frein arrière gauche a de nouveau lâché. La conduite a trop souffert des différentes réparations. C'est presque devenu une routine : Ludovic condamne la conduite pour la troisième fois avec le petit bouchon bricolé qui, décidément, a bien servi.

Nous arrivons dans la capitale de la région avec la ferme intention de régler, une fois pour toutes, les problèmes de frein du Concorde. La situation est devenue épuisante pour tout le monde, particulièrement pour Ludovic qui ne sait plus s'il peut faire confiance à ses freins et ne cesse de les tester avant chaque descente.

Il aura fallu deux jours à Pablo pour réparer les freins du Concorde. Il nous a prévenu : les conduites de freins du Concorde sont très spécifiques, et on ne les trouve pas en Patagonie. Il faudra essayer d'en trouver en arrivant à Santiago. Et son diagnostic confirme celui de Ludovic : le préfiltre à mazout est trop lourd pour le support. Tant qu'on l'utilise en Belgique, cela tient, mais sur les routes ondulées de Patagonie, les vibrations sont trop fortes. Quand nous avons renforcé le support à El Calafate, nous l'avons fixé sur l'ABS, où sont reliés les conduites de frein. Les vibrations se sont transmises aux conduites de frein du maître cylindre... qui se sont cassées deux fois. On a donc retiré le préfiltre à mazout qui était la source des problèmes de frein. On verra plus tard comment le fixer plus solidement.

A plusieurs reprises, Pablo a essayé de refixer les conduites de frein. A chaque fois, elles ont lâché. La faute aux pas de vis des connecteurs, qui ont trop souffert. Le mécanicien chilien a donc finalement du se résoudre à refaire le pas de vis du maître cylindre. Une opération délicate et compliquée mais qui a été couronnée de succès. Depuis, les freins du Concorde ont parcouru des milliers de kilomètres sans aucun soucis. On peut officiellement dire que la galère est finie... quel soulagement !

13

Nous sommes le 31 octobre dans la ville de Perito Moreno. Ludovic termine sa recherche de pièces pour les freins du Concorde. Manuel, Catalina et Mateo ont décidé de participer à Halloween. Edna leur improvise un maquillage et un déguisement avec ce qu'elle a sous la main. De toute façon, le plus important n'est pas l'habit, mais la grimace qui va avec ! Avouez que c'est plutôt réussi...

Ils se joignent à quelques enfants qui passent dans la rue. A Perito Moreno, on ne va pas n'importe où pour chasser les bonbons d'Halloween : seuls les petits commerçants participent. Et la récolte est plutôt fructueuse. Les mains et les poches remplis de bonbons, ils rejoignent le Concorde.

De l'avis général, c’est surtout grâce à Catalina, qui est la plus engagée pour établir le contact et réclamer "Hallo Halloween, tienes dulces para mi ?" (Hallo Halloween, tu as des bonbons pour moi ?). Ses deux frères sont derrière elle et suivent le mouvement. Il faut dire aussi que les bonbons, c'est la spécialité de Catalina !