#11 - Le Nord de l'Argentine

De la Quebrada de Humahuaca à Mendoza, nous parcourons la Ruta 40 à la découverte des merveilles de la nature et des spécialités régionales
Du 12 au 24 septembre 2019
13 jours
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Nous entrons en Argentine par le poste frontière de La Quiaca, la ville la plus au nord du pays. Lors des premiers kilomètres, le paysage n'est pas tellement différent de la Bolivie. Mais bientôt, nous entrons dans une vallée reconnue mondialement. La Quebrada de Humahuaca est une vallée entière classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Le paysage est très aride. Une rivière coule cependant et ajoute quelques touches de verdure dans le paysage.

En arrivant à Humahuaca, une ville touristique de la région, un policier nous arrête à l'entrée de la ville : "Vieron algo extranjo ?". On ne comprend pas directement ce qu'il veut nous dire. Une boule de feuille de coca coincée sous la joue, sa prononciation est incompréhensible. Il répète donc : "Narcotrafico, vieron algo raro en la carretera ? Un carro parado ?" (Lutte anti-drogues. Avez-vous vu quelque chose de bizarre sur la route ? Un voiture arrêtée ?).

On explique qu'on n'a rien vu de spécial, mais qu'effectivement, une voiture est arrêtée à quelques centaines de mètres.

Quel surréalisme : un policier qui chasse les narcotrafiquants alors qu'il chique de la coca ! A peine passé le barrage, Edna et Ludovic se regardent et pouffent de rire.

Des chiques de coca, on en avait déjà vu en Bolivie. On a d'abord pensé à une rage de dents, avec cette grosse boule dans la bouche. Mais un, puis deux, puis trois, etc. cela fait beaucoup de rages de dents dans la même rue. On a donc posé la question. Les feuilles de coca naturelles (celles qu'on utilise pour faire le 'maté', l'infusion de coca, pour ses vertus contre le mal des montagnes) sont roulées en boule et mastiquées pendant toute la journée : cela atténue la douleur et permet de lutter contre la faim, la soif et la fatigue. Et c'est une addiction également.

Donc, voir un policier lutter contre le trafic de drogues avec une chique de coca, c'est incroyable !

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Après une nuit à Humahuaca, nous demandons à un taxi de nous conduire à la 'Montaña de catorce colores', la montagne aux 14 couleurs. Le chemin qui y mène est réputé difficile, et nous ne voulons pas prendre de risque avec le Concorde. Finalement, la route monte fort mais n'aurait pas été un problème pour le motorhome. Santiago reste avec le Concorde, il a besoin de repos.

Nous arrivons au point de vue, à 4.350 m d'altitude. Devant nous s'étale une chaîne de montagnes entière divisée en zone de couleurs. Ce n'est pas tant les couleurs qui sont impressionnantes : du vert au rouge en passant par les nuances des 12 autres couleurs... nous n'avons pas compté le nombre exact de nuances. Ce qui impressionne le plus, c'est la structure de la montagne. tous les pics forment des triangles réguliers dirigés vers le ciel. Une belle figure géométrique.

C'est vraiment beau. Nous passons quelques instants à contempler le spectacle. C'est haut, aussi. Dans le fond de la vallée, une rivière coule et les maisons sont minuscules.

Pour rejoindre la voiture, nous faisons marche arrière, sur quelques petits 300 mètres. Pas grand-chose. Sauf que çà monte fort et que le manque d'oxygène nous laisse le souffle court. Il faudra plusieurs pauses avant d'atteindre le belvédère !

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Nous continuons notre route dans la Quebrada de Humahuaca pour nous arrêter dans le village de Tilcara. Le centre est assez touristique. Et étroit ! Sous le regard d'un policier mécontent (apparemment il y avait un panneau à l'entrée de la rue interdisant le gros gabarits ?!), nous manœuvrons avec difficulté avant de trouver la Pucara de Tilcara.

Une Pucara est une forteresse inca. Celle de Tilcara se situe à un emplacement stratégique au sein de la Quebrada. Depuis son sommet, on aperçoit une bonne partie de la vallée, dans les 4 directions. Mais les vestiges de Tilcara n'ont pas vraiment la forme d'un forteresse : aucun mur d'enceinte ni bâtiment de défense. On l'a nommée ainsi uniquement pour son emplacement stratégique.

Une courte vidéo nous présente la vie quotidienne des incas qui y ont vécus jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Sur le site archéologique, le village a été reconstruit. Les maisons sont construites sans mortier. Les murs sont élevés uniquement avec la superposition des pierres. Le toit est constitué de roseaux et la charpente est soutenue par des poutres en cactus.

Le site est superbe. Au-delà de la vue et du labyrinthe des maisons reconstituées, ce sont les 'cardones' (les cactus) qui donnent toute l'ampleur des lieux. Ils sont immenses et majestueux sur ce petit bout de colline. Plusieurs secteurs y ont été découverts : un temple, les cimetières, etc.

Il y a même une pyramide tronquée ! Curieuse construction qui ne date pas de l'époque inca. Quand les archéologues ont découverts le site dans les années 70, un monument a été érigé pour les remercier de leur découverte. Cette pyramide a donc été construite en utilisant les pierres et l'espace du site, détruisant à jamais une partie de l'histoire de ce village inca.


En fin de visite, un jardin botanique est aménagé. Plusieurs plantes de chez nous en constituent l'aspect exotique ! Cocasse. Autre curiosité, géologique, la Piedra Campana (La pierre cloche), qui résonne comme une cloche lorsqu'on la frappe.

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La surenchère de couleurs dans les dénominations de montagnes est de retour. Nous voici à Purmamarca, la montagne aux 7 couleurs ! Nous arrivons en fin de journée et nous nous arrêtons au pied de la montagne pour passer la nuit. Le coin est tranquille, et à seulement quelques centaines de mètres du village.

Le lendemain matin, lorsque le soleil fait son apparition, les couleurs de la montagne montrent tout leur éclat. Nous faisons un petit tour pour apprécier le paysage.

Au milieu du village, une vieille dame fait payer quelques pesos l'entrée pour monter sur sa colline, d'où on bénéficie d'une vue plongeante sur le village et un panorama unique sur les 7 couleurs de la montagne. Cette région touristique contraste avec la Bolivie, où nous n'étions plus habitué à un tel développement.

Purmamarca est un village très touristique. Sur la place du village, les échoppes de ventes de toutes sortes créent une agréable ambiance, assez commerciale. Nous craquons pour quelques bibelots en bois de cactus et des chaussettes en laine pour les enfants.

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Nous quittons la Quebrada de Humahuaca en direction de Salta. La Ruta 9, qui y mène est une route banale. A San Salvador de Jujuy, elle a même des allures d'autoroutes à 4 bandes.

Mais un petit détour par l'ancienne route nous la fera découvrir sous un nouveau jour. La route devient plus étroite et serpente en remontant la montagne. Elle ressemble particulièrement à la Estrada da Graciosa que nous avions vue au Brésil, mais en plus naturel.

Ce qui nous plait particulièrement : la végétation ! Elle est foisonnante. Depuis la Bolivie, nous n'étions plus habitué à voir autant d'arbres, d'herbes, de plantes... C'est une forêt, et cela nous a manqué. Il est aussi agréable, sur le bord de la route, de voir des joggeurs et des cyclistes du dimanche qui passent leur temps libre à se faire plaisir. Cela aussi, cela nous a manqué lors de notre passage en Bolivie. Mais on ne le savait pas, on ne s'en est rendu compte qu'en parcourant cette Ruta 9, fort agréable au soleil couchant.

Alors que Salta n'est plus qu'à quelques kilomètres, nous dépassons un groupe de plusieurs dizaines de marcheurs. Ce sont des pèlerins qui se rendent à la Cathédrale de Salta pour un des plus grands pèlerinages de la région.

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Quand nous arrivons à Salta, la ville est envahie de fidèles. De tous les villages et paroisses des alentours, les marcheurs affluent. Un tel engouement est impressionnant. Les pèlerins parcourent à pieds 30, 50, 100 ou parfois 500 km pour venir adorer la Vierge. C'est un peu comme si toute la Belgique se donnait rendez-vous à la Cathédrale Saint Michel de Bruxelles. Les pèlerins chantent et dansent pour se donner du courage.

L'apothéose, c'est l'arrivée sur la place de Salta. Un speaker et les chaines de télévision commentent l'événement en direct, accueillant chaque groupe de fidèles. Lors de l'entrée sur la place, les chants et les danses redoublent d'intensité. La ferveur est telle que la place et la cathédrale sont pleins à craquer. Nous n'arrivons pas à entrer dans la cathédrale, mais l'ambiance atypique de la place en cette journée nous suffit amplement.

Notre séjour à Salta est vécu comme une manière de reprendre des forces avant de continuer la route. Nous savourons un passage dans un supermarché, après quelques semaines hors des circuits commerciaux en Bolivie. Jamais on aurait pensé savourer un tel moment !

Nous profitons aussi de la grande ville pour faire un tour chez le coiffeur. Tout le monde y passe, sauf Edna et Catalina qui sont plus exigeantes, et Ludovic qui, comment dire... pratique l'autocoiffage...

Nous goûtons à quelques spécialités argentines dans un petit resto charmant de la place de Salta, avec en toile de fond les chants et les musiques des pèlerins arrivant sur la place. Le restaurant est aussi l'occasion de se connecter au wifi pour donner des nouvelles à la famille.

La journée se termine autour d'une glace, et d'un retour au camping, où nous avons laissé le Concorde au bord de la plus grande piscine publique d'Amérique du Sud : elle est en plein air et doit bien faire 300 m de long. Mais nous sommes hors-saison et la piscine est vide. Cela n’empêche pas les enfants de l'utiliser comme un grand terrain de jeu !

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L'histoire du Musée d'Arquéologie de Haute Montagne de Salta est passionante. Il y a quelques années, une expédition découvre trois momies au sommet du volcan Llullaillaco, à 6.739 m d'altitude ! La découverte archéologique la plus élevée jamais réalisée !

L'histoire de ces 3 momies est touchante : un garçon, une fille et une adolescente. Tous les 3 ont été sacrifiés au sommet de ce volcan en offrandes au dieu inca de la montagne. Au-delà de l'aspect cruel que pourrait revêtir ce type de sacrifice, le musée explique, avec respect, les croyances de l'époque. Les enfants ont marché jusqu'au sommet de la montagne avec leurs familles et les membres éminents du village. Le manque d'oxygène, le froid, la fatigue et probablement une rasade de chicha (boisson alcoolisée fermentée à base de maïs) les ont plongés dans un sommeil... devenu éternel.

Ils ont ensuite été ensevelis à quelques mètres du sommet. Avec eux, toute une série d'offrandes et de jouets destinés à les accompagner dans leur voyage. Car pour la communauté qui avait choisi ces enfants (et c'était un honneur d'être choisi !), il ne s'agissait pas d'un sacrifice, mais d'un voyage qui commençait... une histoire touchante lorsqu'on la comprend de ce point de vue, assez éloigné de notre pensée actuelle qui la qualifierait de scandaleuse ou de sauvage.

La première partie du musée présente l'expédition qui a découvert les momies : le matériel d'escalade et d'andinisme (l'équivalent andin de notre alpinisme européen). Ensuite, tous les objets découverts à côté des enfants : jouets, poupées, objets de la vie quotidienne et artisanat.

Enfin, la dernière partie de l'exposition, la plus émouvante et la plus impressionnante, propose une rencontre avec une des trois momies. Après toutes les explications données par les expositions successives, la rencontre que nous avons avec la petite fille est très particulière. Dans une capsule réfrigérée et sous une atmosphère reconstituant les conditions de la haute altitude, c'est comme si nous rendions visite à une amie ou un membre de la famille. Le silence et la mise en scène sont également respectueux de ces êtres venus d'un autre monde et d'une autre époque.

C'est aussi pour ce respect que les photos sont interdites à l'intérieur du musée. Dommage pour l'émotion et les découvertes que nous voulons partager, mais tant mieux pour le respect qu'on leur doit.

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La route qui mène de Salta à Cafayate est splendide. Des curiosités géologiques, sur fond de roches rouges et ocres donnent un paysage magnifique à chaque virage.

Nous commençons par la Garganta del Diablo (La gorge du diable), une immense dépression rocheuse, inclinée de plusieurs degrés, qui défie nos sens et nous fait oublier où est le haut et où est le bas !

Ensuite, l'Anfiteatro (l'amphithéâtre) est un cirque naturel très haut et très étroit digne des plus grandes salles de spectacle.

L'Obelisco, obélisque minéral naturel à côté duquel le Concorde prend la pause.

La Ventana (la fenêtre) creusée dans une paroi de roche ocre. Et enfin, les impressionants 'Castillos' (les châteaux), facades immenses qui surgissent au-dessus de la plaine...

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Il existe deux régions réputées pour leur vin en Argentine : Mendoza et Cafayate. En sortant de la Quebrada de la Conchas, très aride, nous retrouvons de la végétation en arrivant à Cafayate. Pourtant, il pleut très peu dans la région. Toutes les vignes sont irriguées avec des eaux souterraines...

La journée que nous passons à Cafayate a un seul et unique objectif : trouver une piscine ! Il fait plus de 30°c et nous voulons nous rafraîchir. Les piscines sont nombreuses dans la ville, mais elles sont vides ! C'est encore l'hiver et la dame de l'office du tourisme nous dit qu'on n'en trouvera pas, parce qu'il fait trop froid !

Après avoir fait le tour de la place centrale et de ses marchés d'artisans, nous nous fixons un nouvel objectif : trouver de quoi nous faire un repas de fromages. Pour trouver un bon vin, cela devrait être possible, nous sommes dans la bonne région.

Mais le fromage ? Dans tous les pays que nous avons traversé jusqu'ici, il n'y a que de la mozzarella ! Et encore, ce n'est pas de la mozzarella, c'est un fromage à pâte blanche, sans goût ni saveur. Dans les magasins, le choix se limite à peu près à celui-là. Pourtant, à Cafayate, un producteur de fromage de chèvre est réputé : Cabras de Cafayate.

La ferme qui produit est un peu en dehors de la petite ville, dans un agréable cadre rural, entouré de vignes. Les chèvres et les vaches déambulent au sein des enclos ou sous le regard du berger installé dans la prairie voisine. Les salles de traite sont adaptées à la taille de la chèvre ou de la vache. D'autres animaux croisent notre chemin: canard, poules, chiens...

Dans la laiterie, le guide nous explique le processus. En Argentine, tous les fromages sont pasteurisés. Les fromages au lait cru sont donc interdits. Dommage.

Arrive le moment tant attendu de la dégustation. Ce moment, on a l'impression que cela fait des mois qu'on l'attend. Nos papilles seront-elles encore habituées à des saveurs fromagères dignes de ce nom ? Rien n'est moins sûr !

Finalement, on ne sait pas vraiment si ce fromage est exceptionnel. C'est peut-être l'abstinence fromagère ou le jeûne laitier de plusieurs mois qui nous a influencé... Mais ce fromage, il est délicieux ! Avec un goût fort et prononcé, comme on les aime ! Notre dévolu se jette sur un fromage de chèvre nature et un autre au basilic. Un fromage de vache et un mi-chèvre mi-vache aux saveurs explosives feront aussi partie de notre panier.

Deuxième étape pour atteindre notre objectif : trouver un bon vin. Nous visitons la Bodega Nanni, située dans le centre de Cafayate. Une des plus vieilles de la ville, et la seule qui produit du vin bio d'altitude. Le guide est passionnant et n'est pas avare en explications. Il n'élude pas non plus les questions que nous lui posons. Finalement, nous nous laissons tenter par une dégustation qui aboutira à l'achat de l'une et l'autre bouteilles de rouge et d'un apéro plus sucré.

Le soir venu, le cérémonial est mis en place : bouteille de vin et fromages trônent sur la table. Le pain trouvé par Edna (le meilleur de Cafayate selon les habitants) n'arrive pas à la hauteur d'une bonne baguette, mais nous profitons néanmoins de ce repas, un plaisir presque parfait!

Nous terminons la soirée chez Miranda, le seul glacier qui propose deux parfums uniques : Torrontes (blanc) et Cabernet (rouge). Des glaces au vin pas mauvaises, et sacrément alcoolisées !

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Il existe un produit typiquement argentin, que nous goûtons pour la première fois à Cafayate : les Alfajores. Un biscuit enrobé de chocolat et fourré au dulce de leche (confiture de lait).

Pour goûter cela, nous choisissons la maison Calchaquitos, dont la réputation n'est plus à faire à Cafayate. De nombreuses variantes existantes : citron, chocolat blanc, noix, etc.

Notre dégustation se déroule à l'ombre de la place de Cafayate et pour être francs, on n'a pas été emballés : les alfajores sont très sucrés et assez secs... mais on les a quand même savourés !

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L’histoire du peuple Quilmes est fascinante. Il y a à peu près 1.000 ans, ce peuple s"installe dans une vallée fertile à quelques dizaines de kilomètres de Cafayate. Ils prospèrent pendant plusieurs siècles en vivant de l'élevage du lama et de la culture du maïs. Petit à petit, leur village s'étend de la vallée au flanc de la montagne. Une manière de se protéger des envahisseurs puisque la construction de forteresses autour du village témoigne d'un passé agité. S'ils se défendent, les Quilmes n'ont pourtant pas de vision expansionniste : on ne trouve aucune trace de leur passage dans les villages alentours.

Ils résistent pendant longtemps à l'arrivée des Incas dans la région. Ils résistent aussi aux Espagnols pendant 130 ans !

Mais un jour de 1666, assiégés depuis trop longtemps, les Quilmes doivent capituler devant la puissance de feu espagnole. Pour les punir de leur résistance, les Quilmes sont envoyés à 1.000 kilomètres de là, du côté de Buenos Aires, pour construire la capitale. L'exode est long et difficile pour ce peuple habitué aux contreforts des Andes. Des 2.600 qui sont partis, seuls 400 arrivent dans la région de Buenos Aires.

Aujourd'hui, une ville située près de la capitale argentine porte le nom de Quilmes. C'est aussi le nom d'une bière distribuée partout dans le pays. Il y a quelques années, le peuple Quilmes a été officiellement reconnu par l'Etat argentin. Les descendants du peuple Quilmes sont enfin reconnus.

Les bases du village Quilmes ont été reconstruites par les archéologues. La visite commence par un tout nouveau musée qui explique la vie quotidienne et l'histoire des Quilmes, en commençant par un hommage à la Pachamama, la déesse Terre.

A l'extérieur, ce sont les descendants des Quilmes qui guident la visite. Elle commence par un discours écologique. Chaque année, une cérémonie remercie la Pachamama pour tout ce que la Terre donne à l'Homme. Notre guide est assez critique vis-à-vis des abus que l'Homme fait à la Terre, prenant en exemple les vignes de Cafayate qui sont irriguées à partir des nappes phréatiques qui appauvrissent le sol de la région. Un peu partout sur le site, il nous invite à déposer une pierre pour remercier la Terre de ce qu'elle nous donne chaque jour. Des immenses tas de pierres jalonnent le site, témoignage de la conscience de chaque visiteur qui remercie la Terre de ce qu'elle offre. Les tas de pierres sont impressionnants et le geste qui l'accompagne est beau... Nous déposons tous notre pierre.

Après avoir déambulé entre les murets et les cactus du village Quilmes, nous nous reposons à l'ombre d'un arbre. Une expédition de deux hommes, les plus vaillants et les plus courageux, décident de s'attaquer à la montagne qui leur fait face pour atteindre une des forteresses qui gardent le village. Pendant ce temps, le reste de la famille redescend au Concorde pour s'attaquer au casse-croûte.

Après plusieurs minutes de montée, Manuel et Ludovic découvrent toute l'étendue du village Quilmes. Les centaines de murets, représentants chacun une maison, s’enchevêtrent pour former un labyrinthe qu'on imagine animé au temps de la splendeur des Quilmes.

Quelle belle civilisation et quel belle mise en valeur de ce magnifique site...

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La Ruta 40 est une route mythique. Au même titre que la Route 66 aux Etats Unis, elle traverse tout le pays, du Nord au Sud, longeant la Cordillère des Andes. Elle fait plus de 5.000 km de long. Probablement l'une des routes les plus longues au monde. Du nord, chaud et aride, au sud, froid et pluvieux, elle traverse tous les paysages.

Pendant des milliers de kilomètres, elle fait partie de notre voyage. Parfois route escarpée, parfois longue ligne droite interminable, parfois ennuyante à mourir, parfois surprenante à chaque virage. La Ruta 40 ne laisse pas indifférent. Dans les longues lignes droite, les enfants nous disent : "On ne s'est pas déjà arrêté ici ?" Pourtant, nous avions parcouru plusieurs centaines de kilomètres... mais le paysage ne change pas...

La grande majorité de la route est asphaltée. Parfois impeccable, parfois en mauvais état. Et puis il reste quelques tronçons de piste : du ripio argentin (de la tôle ondulée) qui fait mal au Concorde au point qu'il faille vérifier les boulons qui se défont au fil des kilomètres : un pare-choc, un pot d'échappement ou un klaxon qu'il faut resserrer.

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Mendoza n'est qu'une étape technique sur notre parcours. La ville est agréable à vivre, avec ses grands boulevards et ses innombrables parcs qui parsèment la ville. L'histoire raconte qu'un tremblement de terre a complètement détruit la ville. En reconstruisant Mendoza, des grandes places ont été imaginées pour permettre d'y trouver refuge en cas de nouvelles secousses. Ingénieux et agréable, c'est ce qui donne du charme à la ville. Nous sommes à quelques kilomètres de la capitale chilienne, et en ce week-end de fête nationale chilienne, beaucoup de Chiliens ont traversé la frontière pour profiter de la joie de vivre argentine et de leur pouvoir d'achat plus élevé !

Mendoza, c'est aussi la ville où, après deux mois de voyage, nous recroisons les 'Dodos à l'ouest', la famille que nous avions rencontrée à Montevideo lors du débarquement du Concorde du Grande Francia. Nous célébrons l'événement avec un resto d'anniversaire (deux mois, cela se fête !) et deux jours bien agréables passés ensemble.

Mais Mendoza restera, pour toujours, une des plus belles rencontres que nous avons fait en Argentine. La pause technique qui s'imposait à nous, c'est l'entretien du Concorde qui, lui aussi, fête ses 10.000 kilomètres sur le continent américain. Il a bien mérité une vidange, un remplacement de ses filtres et quelques petites bricoles à mettre en ordre...

C'est Nicolas, des 'Suiveurs d'Etoiles', qui nous a conseillé de venir à GM Mecanica. Un ami, aussi possesseur d'un Iveco, y est passé il y a quelques mois et est très content du travail réalisé.

Nous prenons donc contact avec Gustavo. Nous passons par le garage pour confirmer tout cela et Gustavo nous dit : " Il est déjà tard, faisons tout cela demain matin et après, on fait un "asado" (un barbecue).... on se dit que ce serait sympa, mais on y croit pas encore trop...

Le lendemain, à la première heure, nous sommes devant le garage et Gustavo nous accueille chaleureusement. Pendant que toute la famille continue de se réveiller, Ludovic explique les réparations à effectuer, s'inquiète des pièces utilisées et pose des dizaines de questions aux mécanos de l'équipe pour s'assurer que tout se passe bien. Catalina, elle, est restée avec les 'Dodos', où elle est accueillie comme une princesse, profitant des 3 garçons qui, eux, sont bien contents d'accueillir une fille pour la journée !

Pendant que les mécanos font leur oeuvre sur le Concorde, Ludovic sirote un mate dans l'atelier en compagnie de Gustavo. Ils discutent de l'Argentine, des vacances de Gustavo et refont le monde... Pendant ce temps, Agustin, le fils de Gustavo, s’attelle à une tache de la plus haute importance : la préparation de l'asado ! Il s'inquiète de combien nous sommes, de combien d'empanadas nous allons manger, de savoir si nous mangeons du pain, etc. La chose devient sérieuse ! Pendant ce temps, l'entretien du Concorde est terminé et Gustavo commence à mettre en place le bois pour le feu. Vers midi, une table et une nappe sont dressées au milieu des voitures et la fumée envahit peu à peu l'atelier. Agustin arrive avec la viande : 3 gigantesques morceaux de boeuf et une immense saucisse (le chorizo). Il me dit : "C'est dommage, je n'ai pu obtenir que des petits morceaux chez le boucher. Normalement, on cuit la côte de bœuf entière", m'explique-t-il... Incroyable !

C'est Gustavo qui est à la manœuvre. En Argentine, la cuisson d'un asado, c'est une science sacrée. Quand il estime que le feu est à température, il sale les morceaux de viande et les place délicatement sur la grille. Une odeur, comment dire, extraordinaire, remplace celle du cambouis dans le garage. Les mécanos, qui terminaient de ranger le matériel se rapprochent de la table, en même temps que les 4 d'Ushawa qu'on avait à peine vus jusqu'ici.

Leo fait aussi son apparition. Leo, c'est un ami de Gustavo. Il a entendu qu'un asado se préparait, alors il est venu. D'ailleurs, il a toujours dans sa voiture une sacoche en cuir dans laquelle il y a un immense couteau, une fourchette, un gobelet métallique et une planche en bois pour découper la viande. Il est toujours paré à participer à un asado.

L'ambiance est déjà détendue pendant l'apéro : délicieuses bières régionales, agréable vin de Mendoza et succulentes empanadas argentines. On est déjà bien calés! Quand Gustavo donne le signal, la viande arrive à table. Un silence très court, suivi d'une exclamation d'enthousiasme se fait entendre. La dégustation commence. Un silence plus long empli le hangar. On sent le moment solennel. Et puis un 'Mmmmmh' collégial et des félicitations donnent le signal que les festivités ont commencé. C'est succulent. C'est délicieux. C'est incroyable. C'est... cela n'a pas de mot pour être décrit. Il faut l'essayer !

Le reste du repas est à l'image de l'accueil des argentins : simple, convivial, bonne humeur, partage... C'est pour ce genre de moment qu'on fait un voyage comme le nôtre. Le genre de moment qui ne s'oublie jamais.

On refait le monde une fois de plus, on sympathise, on rigole, on devient complice... Leo et Gustavo nous invitent pour un autre asado : "Un vrai asado cette fois", dans un refuge de montagnes à proximité de Mendoza. Comment refuser ? Impossible! Il nous a fallu un quart de seconde pour accepter l'invitation.

L'après-midi est consacré à la recherche de gaz pour le motorhome. Agustin nous aide dons nos recherches et nous finissons par trouver un granelero (un petit camion qui livre du LPG dans les habitations) qui accepte de remplir notre citerne. Nous voilà paré pour plusieurs semaines.

Le retour à notre parking de Mendoza se fait dans l'enthousiasme le plus complet. Chacun a envie de partager sa version de ce moment. Un mot revient à chaque fois : incroyable ! Nous sommes maintenant impatients d’être demain pour découvrir le Refugio San Bernardo.

Mais la journée n'est pas finie. La soirée en compagnie des Dodos sera tout aussi chouette : pendant que les enfants partagent un film dans le Concorde, les parents partagent leurs expériences de voyage dans le camping-car.

Quelle journée! On s'endort l'esprit léger de ces rencontres...

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Le lendemain matin, les Dodos nous accompagnent au Refugio San Bernardo. Nous arrivons en retard au rendez-vous avec Gustavo car le remplissage de LPG avec le granelero a pris plus de temps que prévu. Aujourd'hui, c'est le 21 septembre, début du printemps en Argentine. C'est traditionnellement jour de fête pour les étudiants. Les contrôles policiers sont nombreux. Gustavo nous ouvre la route. Leo est déjà parti au refuge pour démarrer le feu. Aujourd'hui, c'est lui qui est à la manœuvre. La route devient une piste et la piste commence à s'élever. Des taches de neiges apparaissent sur les hauteurs. Gustavo nous avait prévenu : ça grimpe bien dans les derniers kilomètres. La montée se termine en 'caracol' (en escargot), comprenez en lacets assez serrés. Un œil rivé sur l'aiguille de la température, Ludovic amène le Concorde jusqu'au refuge. Derrière nous, le camping-car des Dodos nous suit tranquillement. Enfin, nous arrivons en haut.

Le Refugio San Bernardo a été racheté il y a plusieurs années par un Français aujourd'hui décédé. Il l'a rénové en s'inspirant des chalets alpins. Autour d'une grande cheminée, l'intérieur est tout en pierre et en bois. Sur la mezzanine, pour profiter de la chaleur du feu, des lits superposés accueillent les hôtes. Autrefois, une station de ski existait juste à coté. Quelques remontes pentes à l'abandon témoignent de ce passé pas si lointain. Mais depuis une vingtaine d'années, la neige n'est plus suffisante et les skieurs ne viennent plus. C'est Luis, le gestionnaire du site et ami de Gustavo qui nous l'explique. Aujourd'hui, les clients profitent surtout de l'auberge et du paysage pendant la journée. Peu de clients restent encore dormir.

L'asado du jour, c'est du sérieux : une cote de bœuf, entière, de 9 kilos, est sur le grill ! Leo est face à elle et surveille la cuisson. Le public est nombreux : les 5 Dodos, les 6 Ushawa, Leo et sa compagne, Gustavo avec sa femme et ses deux enfants. Pendant que la viande grille doucement, l'apéro a déjà commencé. Ludovic et Nicolas ont acheté, hier soir, quelques Chimay Gold, des bières belges dégotées dans un supermarché Carrefour de Mendooza, et des Provolone, des fromages à griller au barbecue... Une poêle est amenée à Léo qui y dépose le fromage qui fond au coin de la braise. Une tranche de pain pour le partager et le délice peu commencer... excellent ! De temps en temps, Leo découpe un petit morceau de bœuf pour partager et vérifier la cuisson.

Quand Leo donne le signal, la grande tablée se met en place et on déguste, pour la deuxième fois en deux jours, un succulent bœuf argentin. On ne sait pas s'il est meilleur ou moins bon que la veille. Il est tout aussi délicieux et chacun se régale. Les enfants ont déjà leurs habitudes avec Gustavo. Hier, il leur a montré ce qu'il préfère dans l'asado : un morceau de pain trempé dans le jus de viande... Les enfants ont adoré et, aujourd'hui, présentent leur morceau de pain au plat de Leo pour renouveler le délice.

Une pause est nécessaire après un tel repas. Mais Leo, qui est passionné de montagnes, nous propose une petite balade... On ne se fait pas prier. Nous voilà en route pour les sommets. Leo a prévu son équipement : bâtons, corde, nécessaire de secours... On ne rigole pas avec la montagne. Leo en sait quelque chose, lui qui s’apprête à grimper sur le plus haut sommet de la Cordillère des Andes : l'Aconcagua qui culmine à 7.000 m et qui se trouve à quelques kilomètres d'ici.

Le sentier commence à grimper et une file en forme de cordée se forme. Les enfants se régalent des ruisseaux que nous traversons et des rochers que nous escaladons. Un passage plus technique, à côté d'une cascade gelée, ajoute une dernière difficulté au parcours. A chaque fois, Leo, bienveillant, nous conseille et apporte son aide. Nous voilà déjà à près de 3.000 m d'altitude. Le soleil est déjà bas sur l'horizon, et il est plus sage de retourner au refuge. Dans l'ombre de la montagne, la température est descendue. Nous sommes heureux de retrouver le soleil et le refuge.

Nous prenons congé de Leo, qui redescend vers Mendoza. Gustavo nous guide jusqu'en bas de la montagne, avant de nous dire au revoir. Ce soir aussi, c'est la dernière soirée en compagnie des Dodos. Ils prennent la direction du Nord alors que nous descendons vers le Sud.

Que d'expériences et d'émotions en seulement deux jours. Nous quittons Mendoza qui gardera, pour toujours, une place particulière dans notre cœur. Merci et à Gustavo et à Leo pour ces souvenirs magnifiques.

Sur le chemin du retour, nous suivons une camionnette sur laquelle est écrit une phrase qui prend tout son sens : "Chacun vit le monde qu'il est capable d'imaginer". Merci à notre imagination qui nous a permis de vivre tout cela.