#10 - Uyuni et le Sud Lipez

Du Salar d'Uyuni aux hauts plateaux du Sud Lipez, nous franchissons les 5.000 m d'altitude
Du 30 août au 11 septembre 2019
13 jours
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La route qui mène de Potosi à Uyuni est superbe. Un univers uniquement minéral. Dans l'air, une odeur de souffre se fait parfois sentir quand on croise un cours d'eau. Le sel également, est présent partout : au sommet des montagnes, où on le confond parfois avec la neige, et dans le lit des rivières, où il laisse une trace blanche sur les rives. Nous approchons du plus grand salar du monde : le Salar d'Uyuni.

La route entre Potosi et Uyuni

La ville d'Uyuni est posée au milieu d'un haut plateau. Autour de la ville : rien du tout ! Une étendue blanche et désertique à perte de vue. Au bout de l'horizon, les montagnes se détachent, formant une frontière entre le bleu du ciel et le désert. Quand on arrive sur la ville, du haut de la montagne, on voit clairement cet amas de maison au milieu du paysage. C'est impressionnant.

Uyuni est probablement la ville la plus laide qu'on ait vue. Des rues défoncées, de la poussière, du vent... rien d'attrayant dans cette ville qui n'est qu'une étape pour arriver au salar.

Et plus que tout, il y a des déchets partout ! En fait, on ne devrait pas s'en étonner, car cela n'a rien d'exceptionnel en Bolivie. Sur les milliers de kilomètres que nous avons parcourus dans ce pays, nous n'avons pas trouvé un seul endroit sans sac plastique. C'est incroyable et décevant. Au plus on se rapproche d'une ville ou d'un village, au plus la concentration d'ordures est importante. Certaines routes sont de véritables dépotoirs à ciel ouvert. Même en rase campagne, quand on s'arrête au bord de la route, il y a toujours des déchets qui traînent. C'est vraiment triste.

Les déchets près d'Uyuni... un exemple malheureusement parmi d'autres... 

On se dit que, même si, du jour au lendemain, on arrêtait la production de sacs plastiques en Bolivie, il faudrait une centaine d'années pour nettoyer le paysage, qui est pourtant magnifique. Mais le plastique est encore bien présent dans les habitudes des Boliviens (et des autres pays d'Amérique du Sud aussi d'ailleurs !). Emballage et suremballage sont le lot quotidien du moindre achat : pour le pain, les fruits, la moindre petite chose... un ou deux sachets plastiques sont automatiquement utilisés.

Nous sommes pourtant vigilants. A chaque achat, Edna insiste et oblige le vendeur à nous servir en vrac, dans le sac à dos que nous utilisons. Et ce n'est pas une mince affaire. La réticence est bien présente. La plupart du temps, le vendeur ne comprend pas la démarche. Il ne sait pas où il doit poser son étiquette... On lui propose de mettre plusieurs étiquettes sur le même sachet, et de regrouper tout dans un seul sac. Mais il arrive que nous n'arrivions pas à lui faire entendre raison...

Dans quelques semaines, les élections présidentielles auront lieu. Le thème des déchets et de l'environnement n'est jamais évoqué... Pourtant, il est temps que les consciences s'éveillent. Nous en avons parlé aux Boliviens que nous avons rencontré, en espérant avoir planté une graine qui germera un jour...

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Il existe des déchets, à Uyuni, qui font le bonheur des touristes et des voyageurs de passage : des trains ! Pas des morceaux de train. Des trains à vapeur entiers !

En périphérie de la ville, un cimetière de trains s'est improvisé le long de la voie ferrée. Des dizaines de wagons et de locomotives à vapeur, datant du temps où le minerais était encore extrait à Uyuni. Mais l'histoire est toujours la même : quand la mine a donné tout ce qu'elle a pu, quand le filon est épuisé, tout est abandonné. C'est ce qui s'est passé avec le cimetière de trains d'Uyuni

Aujourd'hui, le cimetière s'est transformé en un splendide terrain de jeux pour les enfants : escalade, escapade, exploration... Les épaves sont fouillées, examinées... de fond en comble. Un régal aussi pour le photographe, au moment du coucher du soleil.

Alors que la séance photo s' éternise, le soleil se couche doucement derrière l'horizon lointain. Il est déjà temps de trouver un endroit pour dormir...

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Imaginez un désert de sel de plusieurs centaines de kilomètres de long et de dizaines de kilomètres de large. Une étendue blanche, à perte de vue. Rien pour accrocher le regard. Un ciel bleu azur. Un soleil qui frappe fort. Une couche de sel de plusieurs mètres d'épaisseur. Tellement épaisse qu'on peut y rouler. Ici, pas de route, pas de chemin, pas de piste. Juste des traces, qui indiquent une direction par où aller. De temps en temps, une île surgit du désert pour nous rappeler qu'il y a plusieurs millions d'années, ici, c'était l"océan. L'eau est partie, mais le sel est resté. Un sel qui craque sous les pas, un sel qui pique les yeux, un sel qui aveugle par sa blancheur, un sel qui ronge les métaux...

Nous sommes sur le plus grand salar du monde : le mythique Salar d'Uyuni ! Un univers paradisiaque et hostile en même temps. Il ressemble à 'idée que l'on se fait du paradis, avec une étendue blanche infinie et un ciel bleu. Il peut aussi se transformer en enfer : une panne mécanique, un manque d'eau peuvent se transformer en calvaire.

Arrivée sur le Salar d'Uyuni

Notre parcours commence par le monument commémorant le passage du Dakar sur le salar. Il est tellement moche qu'on ne l'a même pas pris en photo. A quelques mètres de là, nous nous arrêtons à la Isla de Banderas (l'ile aux drapeaux) et l'hôtel de sel. D'un coté, l’île aux drapeaux regroupe des dizaines de drapeaux qui flottent sous un vent soutenu. Une chouette ambiance de couleurs et de formes, rythmé par le bruit des tissus dans le vent. Il manque néanmoins le drapeau belge et le drapeau liechtensteinois. Nous posons donc devant les drapeaux européens et colombiens.

 Isla de las banderas

De l'autre côté, l'hôtel de sel est construit avec des blocs de sel découpés dans le salar. Il sert de refuge aux nombreux touristes qui ont choisi une agence pour découvrir le Salar d'Uyuni. Devant la porte, des dizaines de 4x4 sont alignés, tandis que dans la salle commune, les touristes affamés partagent un repas.

L’hôtel de sel 

Malgré le monde, l'hôtel de sel a un certain charme. Nous décidons néanmoins de nous en éloigner pour quitter cette effervescence et retrouver du calme.

Et c'est vrai qu'ici, il y en a du calme ! Et de l'espace aussi. Nous parcourons plusieurs dizaines de kilomètres, un œil distraitement dirigé vers le GPS, pour être sûr qu'on est dans la bonne direction. La sensation de liberté est grisante. Déconcertante aussi. Pas de panneau à suivre, pas de chemin à trouver. Faut-il aller un peu plus à gauche ? Ou un peu plus à droite ? Finalement qu'importe ! Il faudra un moment pour lâcher prise et se fier à son instinct : on va tout droit. Rien de plus. Quelle importance si on est quelques kilomètres plus à gauche ou quelques kilomètres plus à droite...

Après quelques dizaines de kilomètres, on s'arrête pour la pause de midi. Pourquoi ici, et pas dix kilomètres avant ou dix kilomètres après ? Bein, parce que cela ne change rien. Ici, tout est pareil !

On déplie les tables et les chaises pour un pique-nique au milieu de nulle part. De temps un temps, un 4x4 passe au loin. En dehors de cela, c'est un calme impressionnant : pas un son, pas un bruit. Rares sont les endroits au monde où le silence est aussi présent. On n'y est plus habitué.

Nous profitons du soleil et du ciel bleu. Il y a comme une ambiance de sport d'hiver, la neige en moins et le sel en plus. Après un temps, on reprend la route en direction de l'ile d'Incahuasi, où nous voulons nous abriter pour la nuit et assister au coucher et au lever du soleil. Au loin, le sommet de l'île commence à apparaître. La direction est plus évidente à suivre.

Pour la première fois depuis le début du voyage, Ludovic laisse son volant dans les mains de... Catalina, puis Manuel, qui viennent s'installer sur ses genoux. Ensuite Santiago, qui s'assied seul dans le fauteuil du chauffeur. Embrayage, passage de vitesse, accélération, frein.... les rudiments sont là et la sensation est grisante. Pour Mateo aussi, la conduite des 6 tonnes du Concorde provoque sont lot de sensations, un oreiller en plus dans le dos, pour qu'il atteigne le volant et les pédales.

Après la séance de conduite, l’île d'Incahuasi est en vue et le soleil tombe déjà derrière l'horizon. Nous sommes aux premières loges pour assister au coucher de soleil, entourés des roches volcaniques et des cactus de l’île. Le moment est magique. C'est certainement un des plus beaux endroits sur terre. Celui qui nous procure des émotions nouvelles.

La nuit est plus superbe encore. D'un bout à l'autre de l'horizon, aussi loin que porte le regard dans le ciel, il y a des étoiles. Jamais nous n'avions vu autant d'étoiles dans le ciel. A des dizaines de kilomètres du moindre éclairage. Le froid et le vent sont aussi bien présents, malgré l’île qui nous protège.

Nous nous endormons dans le plus bel endroit qui soit. Seuls au milieu du Salar. Le soir, tous les tour operateurs sont retournés dans les hôtels qui bordent le Salar. Il ne reste plus que nous, et nos voisins qui, comme nous, sont venus s'abriter près de l'île Incahuasi : un 4x4 italien, une camionnette suisse, et les deux camions allemands que nous avons retrouvés après notre rencontre au camping de Sucre. C'est le plus grand et le plus beau bivouac du monde

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Le lendemain matin, il est 6h30 quand nous nous réveillons. Dehors, il fait -5°c. Santiago, Mateo et Ludovic s'équipent pour sortir dans le froid et le vent. Ils veulent assister au lever du soleil depuis le sommet de l’île. Edna, Manuel et Catalina restent au chaud pour voir le soleil sortir derrière l'horizon.

Il fait encore noir dehors. C'est à la lampe de poche qu'il faut progresser pour trouver le sommet. Il n'y a presque pas de végétation sur l’île : des buissons épineux et des immenses cactus. La roche volcanique est friable et coupante. Un milieu hostile.

Finalement, après 20 minutes, l'expédition arrive au sommet. Les premières lueurs du jour apparaissent, mais il faudra encore attendre de longues minutes avant que le soleil ne fasse son apparition et réchauffe l'atmosphère. Le silence est tout aussi incroyable que la vue : le blanc à perte de vue. Comme des sentinelles au pied de l'île, les camions montent la garde. Un moment très émouvant pour tous les trois...

Santiago en profite pour réaliser un time-lapse du lever de soleil.

Au compte goutte, chacun à son rythme, les trois explorateurs rejoignent la chaleur du Concorde. Ludovic en profite pour s'étaler de tout son long dans les buissons épineux et les roches coupantes. On partage les sentiments avec ceux restés en pyjamas dans le motorhome. Quel beau moment. La sensation d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel et d'inoubliable. Les images sont gravées à jamais dans nos mémoires.

La matinée se termine, et nous n'arrivons pas à nous décider à quitter cet endroit. Les enfants écrivent leur nom à la terre volcanique sur le sel blanc. Nous nous enfonçons un peu plus loin dans le salar, pour passer au large de l'Isla Pescado (qui doit son nom à sa forme de poisson).

Nous ne dérogeons pas à la tradition des photos qui se jouent de la perspective. Appareil au ras du sol, geste précis des figurants, poses dans toutes les positions. C'est parfois fastidieux mais rigolo à faire. Le résultat est pourtant mitigé...

Il commence à se faire tard et nous rejoignons doucement les rives du Salar d'Uyuni. Un petit passage à côté de résurgences de gaz qui percent la croûte de sel marque la fin de deux journées extraordinaires. Il faut déjà quitter le désert de sel. Il nous laisse en mémoire des moments exceptionnels, uniques, difficiles à exprimer. C'est surtout une affaire de sensations. Le Salar d'Uyuni, c'est une autre planète. Une planète hors du temps et de l'espace sur laquelle nos repères et nos sens ont été chamboulés...

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Quand nous quittons le Salar, on annonce des rues bloquées par des manifestants pour le lendemain. Les citoyens d'Uyuni veulent la démission de plusieurs de leurs dirigeants municipaux qui, apparemment, n'ont rien fait durant toute leur législature. Les entrées et sorties de la ville risquent d'être cadenassées par des 'bloqueos', des barrages de manifestants.

Nous ne prenons pas le risque de rester bloquer plusieurs jours et nous décidons de prendre la route vers Tupiza, notre prochaine étape. Après une quarantaine de kilomètres, nous nous arrêtons en bord de route, derrière un tas de terre, à l'abri des regards et du vent, en plein milieu du désert.

Le lendemain matin, le thermomètre du Concorde annonce un impressionnant - 12°c. Record battu. La nuit a été glaciale, mais le ressenti en-dessous de la couche d’édredon et de sac de couchage est bon, tout le monde a passé une bonne nuit. Nous mettons un petit coup de chauffage pour sortir de notre lit. Nous reprenons la route pour les 150 derniers kilomètres jusque Tupiza.

Deux événements mécaniques viendront animer la fin du parcours. Tout d'abord, dans la descente vers Tupiza (Uyuni est à 4.000 m, Tupiza à 2.900 m), après 10 km de route descendante, cela sent le caoutchouc brûlé et les freins se mettent à fumer ! Comme les freins ne répondent plus, nous sommes contraints à l'arrêt sur le bord de la route. Le liquide de frein bout, les freins fument... il faut attendre le refroidissement complet du système.

Pourtant, le chauffeur avait veillé, dans la descente, à jouer sur le frein moteur. Apparemment pas suffisamment puisque la surchauffe est quand même survenue. Il faudra être plus prudent dans les prochaines descentes. Après une heure de pause, dont nous profitons pour manger notre pique-nique, nous repartons, non sans avoir effectué un petit test de freinage. Tout semble en ordre. Nous ne sommes plus qu'à un ou deux kilomètres de la fin de la descente.

Mais l'aventure ne s'arrête pas là. A quelques kilomètres de Tupiza, la route prend fin et nous sommes obligés d'emprunter le lit de la rivière pour rejoindre le village. Pas vraiment de panneaux pour indiquer par où aller, mais on se fraye un chemin entre les cailloux et les rochers.

Le premier passage de gué se passe sans encombre. L'équipe de repérage est descendue du motorhome, a évalué la profondeur avec un bâton, a regardé comment les autres voitures passent et a décidé d'une trajectoire à emprunter. Un cameraman s'est même chargé de filmer le passage du gué. C'est passé comme une fleur...

Peut-être un peu trop confiant, le chauffeur (encore lui!) s'aventure dans le deuxième passage avec moins de rigueur. Résultat : la trajectoire est mauvaise et l'arrière accroche dans les cailloux. Mais ça passe quand même...

Après quelques centaines de mètres dans le lit de la rivière, l'affaire n'est pas résolue, puisqu'il faut encore trouver le chemin pour Tupiza. On sort de la rivière, on cherche, on hésite, on fait demi-tour et on finit par tomber sur un villageois qui se rend à Tupiza et qui va nous guider dans le dédale des chemins, rivières, route en construction, etc.

Nous arrivons finalement à Tupiza où nous sommes accueillis par les dizaines de 'tuk-tuk', ces motos taxis à trois roues.

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Le Sud Lipez est un province située à l’extrême sud de la Bolivie, aux confins du Pérou et du Chili. Sur ce territoire de l'altiplano, grand comme la Wallonie, il n'y a rien : ni route ni chemin. Seulement quelques pistes. Et encore... L'altitude descend rarement en-dessous des 4.000 m. L'accès y est impossible avec notre Concorde. Nous choisissons donc de passer par une agence pour y louer les services d'un guide et d'un 4x4, indispensables.

Suite aux conseils des 'Suiveurs d'étoiles', que nous avions rencontré au camping de Sucre puis retrouvé à Uyuni, nous passons par 'La Torre Tours' à Tupiza.

Nous voilà parti pour 4 jours de découverte de ce territoire presque vierge. Il faut imaginer notre véhicule : un Toyota Land Cruiser 4x4 (ici, tous les véhicules sont des Toyota, réputés increvables) avec sur le toit de quoi vivre pendant 4 jours : le carburant, la bonbonne et le réchaud de gaz (pour cuisiner), les sacs de couchage (pour les nuits glaciales parce que, là où l'on va, il n'y a pas de chauffage). Dans le coffre, les réserves de nourriture pour tout l'équipage, nos effets personnels et une bonbonne d’oxygène (au cas où l'un d'entre nous aurait un malaise dans les hautes altitudes).

On a même droit à des vitres blindées... (notre guide explique qu'il a racheté sa voiture à un transporteur de fonds). L'avantage, c'est qu'on est protégé des balles (mais bon, est-ce vraiment utile ?). Le désavantage, c'est qu'on ne sait pas ouvrir les fenêtres pour prendre une photo (ça, c'est plus embêtant...).

Et puis, à l'intérieur, il y a l'équipage ! 8 personnes au total. Nous 6, bien sûr. Et puis deux personnes extraordinaires, qui ont veillé à nous faire passer un voyage inoubliable. Sans elles, notre périple n'aurait pas eu la même saveur. Chaque jour, chaque heure et chaque minute, leur bienveillance, leur gentillesse et leur professionnalisme nous ont touchés. C'est probablement le plus beau souvenir que nous ayons du Sud Lipez : Trifonia et Edwin.

Trifonia, c'est notre cuisinière tous terrains. Au milieu de l'altiplano, sur la piste ou dans un refuge, elle a su nous combler de ses petits plats qui nous ont fait du bien, redonnés des forces et du courage. Celle qui se lève avant tout le monde et qui reste la dernière debout pour veiller à ce qu'on ne manque de rien. Celle qui nous fera goûter des spécialités de son pays.

Edwin, c'est notre guide et notre chauffeur. Il connait le Sud Lipez comme sa poche. Il y est né. Il nous a montré le village de son grand-père, celui de sa mère et de son père. Et puis son village à lui, où il a grandi. Celui qui chaque soir et chaque matin, monte sur le toit de la voiture pour charger le matériel. Celui qui s'est arrêté des dizaines de fois pour que le photographe puisse prendre un cliché. Celui qui conduit pendant une dizaine d'heures sur des terrains difficiles et garde le sourire à chaque instant. Celui qui, le soir, nettoie le 4x4 pour le lendemain. Celui qui nous aura abreuvé de tout ce qu'il sait sur les endroits que nous avons traversé. Celui qui a le mérite de dire les choses comme elles sont. S'il y a un problème, il l'explique. S'il faut changer le programme, il nous demande notre avis. C'est surtout celui qui a gardé une ambiance détendue et conviviale pendant les dizaines d'heures de conduite.

Merci à tous les deux... ils ont rendu notre périple inoubliable...

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Il est 7h30 quand Edwin vient nous chercher pour le grand départ. Les premiers kilomètres de montagne ne sont pas très escarpés, mais cela tourne beaucoup. D'abord Catalina, ensuite Manuel, en font les frais. Après quelques minutes, arrêt obligatoire pour nettoyer les dégâts. Heureusement, ce sont les seules nausées de tout notre périple. Il nous a fallu quelques kilomètres pour s'habituer à la conduite du chauffeur, aux lacets, au fait d'être entassé à huit dans un véhicule...

Nous nous arrêtons ensuite à Awanapampa. C'est un lieu de pâturage pour les lamas. Tous les lamas du village voisin y sont regroupés pour paître. On reconnait les propriétaires aux petits pompons de couleurs accrochés à leurs oreilles. Les lamas sont des animaux domestiqués par l'homme. A ne pas confondre avec les vigognes ou les guanacos, qui sont sont des animaux sauvages. Ils sont élevés pour leur viande et leur laine. Auparavant, ils servaient également au transport de marchandises, mais leur morphologie n'étant pas adaptée à cela, cette pratique a été abandonnée.

Nous arrivons donc sur le plateau ou le troupeau de lama déambule gentiment. Nous approchons avec douceur et ceux-ci ne semblent pas du tout effrayés par la présence de l'Homme. Ils nous regardent arriver, intrigués par notre présence. Santiago et Manuel essaient d'en approcher de plus près, pour les caresser... peine perdue.

Edwin nous emmène ensuite dans le village de Cerrillos pour le repas de midi. Dans le village, une petite salle est aménagée pour l'accueil des touristes et des équipages de 4x4. Jusqu'ici, le parcours est le même pour tous les tours. Les premiers arrêts sont donc un peu encombrés. Heureusement, ensuite, nous prendrons un itinéraire un peu différents qui nous permettra de sortir du circuit habituel, sauf dans les 'comedor', ces arrêts pique-nique aménagés dans certains villages.

Ce village, c'est aussi l'occasion pour Edwin de nous présenter son grand-père qui y habite depuis toujours. Nous dégustons aussi les excellentes 'Milanesa de Pollo' (des filets de poulet panés) que Mirta, la femme d'Edwin, nous a cuisiné pour ce premier pique-nique.

Après cet excellent repas, nous reprenons la route. Direction Ciudad del Encanto.

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'La cité de l'enchantement', c'est une formation géologique splendide. Des courbes de roche, tels des tissus accrochés à la montagne, donnent au lieu un aspect enchanteur. Irréel même. On a l'impression de se trouver devant une cathédrale de roches.

Nous traversons ensuite, Polulos, le village de la maman d'Edwin, puis celui de son papa, et enfin San Pablo de Lipez, le village où Edwin a grandi. Ces villages sont perdus dans l'altiplano, loin de tout. Il y a peu, ils n'avaient pas encore l'électricité.

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Il n'y a pas beaucoup de verdure dans le Sud Lipez. Aucun arbre, aucune fleur, presque aucune plante. A part 'la paja brava' (littéralement la 'paille fâchée') qui donne un peu de relief aux rocailles, il n'y a rien. Cette herbe est la base de l'alimentation des herbivores (comme les lamas) et sert de couverture aux maisons traditionnelles en terre.

La paja brava 

A part cela, le Sud Lipez est purement minéral. Très peu d'eau visible dans le paysage. De temps en temps, nous traversons une rivière, mais le paysage reste très aride.

Ces paysages arides pourtant des trésors minéraux, comme le Palacio Quemado ('Le Palais brûlé'). Une véritable construction naturelle que n'auraient pas renié certains architectes organiques et visionnaires ou certains écrivains de littérature fantastique.

Le Palacio Quemado 

Nous repasserons par là le lendemain, pour voir le Palais sous le soleil.

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Après cette première journée de route, et une dizaine d'heures dans la voiture, tout l'équipage est content d'arriver à l'étape. Guadalupe est un minuscule village, perdu au bord d'une rivière et à l'entrée d'un canyon. Les maisons sont en terre et en paille. Un terrain de sport, une église et une école sont les seuls lieux animés.

Edwin nous trouve un lieu pour dormir. Un 'hospedaje', où le confort de base est assuré : un toit, quatre murs, des lits et une grosse pile de couvertures. Les nuits ne sont pas fraîches ici, elles sont glaciales ! Nous sommes à plus de 4.000 mètres.... et il n'y a pas de chauffage.

Nous déchargeons le matériel de la voiture : réchaud, bonbonne de gaz, ustensiles de cuisine, sacs de couchage, etc. Edwin nous explique que, depuis quelques années, ils emportent tout le matériel avec eux pour ce genre d'expédition. D'abord, parce que cela coûte moins cher que de les emprunter sur place. Ensuite, parce qu'avant, ils demandaient aux hospedajes de leur fournir le repas et le pique-nique. Mais la qualité faisait souvent défaut. Ils ont donc décidé d'emmener aussi la cuisinière en voyage...

Le soleil commence à se coucher et les températures chutent. Nous nous réfugions dans la salle à manger, où Trifonia nous a préparé quelques biscuits et un bon thé chaud en attendant le repas. Pendant que Trifo cuisine, Edwin prépare la voiture pour et vient discuter avec nous de l'itinéraire du lendemain.

Arrive l'heure du repas. Une bonne soupe revigorante fait plaisir à tout le monde. Ensuite le plat : une version simplifiée du Pique Macho (ce plat bolivien que nous avions mangé chez Aida à Samaipata) que nous sert notre cuisinière. La grande différence, ce sont les garnitures, un peu moins nombreuses, mais surtout la viande de lama, qui en est l'ingrédient principal ! Nous nous régalons de ce nouveau plat, mais nous ne savons pas encore que c'est de la viande de camélidés. Ce n'est que le lendemain que Trifo osera nous l'avouer ! Nous qui cherchions justement à en manger, c'est parfait !

Il n'est que 20h, mais tout le monde est exténué par cette longue journée. Nous nous répartissons dans les deux chambres et empilons les couches de couverture au-dessus du sac de couchage. Bonnet sur la tête pour les plus frileux. Lampe de poche à portée de main pour les pipis nocturnes. Extinction des feux pour notre première nuit à 4.300 m d'altitude.

Le lendemain matin, les sourires sont sur les visages. La nuit s'est bien passée et personne n'a souffert du froid. La nuit d'Edna n'avait pas bien commencé, avec quelques palpitations. On ne sait pas très bien si c'est l'allergie à la poussière ou l'altitude, mais les symptômes se sont calmés et la nuit s'est bien terminée. Pourtant, il a fait froid. Quand nous sortons du village, la rivière est gelée...

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La route vers la Laguna amarilla est longue. Quand nous nous mettons en chemin, la nature se réveille. Nous apercevons des animaux inconnus jusqu'ici. Un lapin des montagnes (dont on a oublié le nom), qui profite des premiers rayons du soleil pour se réchauffer sur les rochers. Le nandou, cette espèce de grand oiseau, haut sur pattes et très rapide, cousin de l'autruche.

Enfin, la 'vicuña', la vigogne, parent éloigné du lama qui est restée à l'état sauvage. Ce n'est pas pour rien que les Boliviens l’appellent la 'sexy lama'. C'est vrai qu'elle est plus fine, plus élégante, plus élancée, plus rapide. Plus petite aussi... Sa laine est plus fine et plus chaude que la laine de lama.

La route qui nous conduit vers la Laguna Amarilla est superbe. Nous alternons les petits villages déserts, les rivières sinueuses, les canyons escarpés, les pistes rocailleuses, les sommets élevés... De temps à temps, Edwin doit s'arrêter pour lever la barrière qui entrave la route et empêche les lamas de s'éloigner de leur pâturage.

La dernière partie de la piste est très cassante. Des grosses pierres coupantes jonchent le sol. Avec une certaine dextérité, Edwin contourne les obstacles et trace le chemin. Nous progressons lentement, mais malgré le terrain accidenté, la voiture est confortable. Un peu moins pour les trois qui sont à l'étroit sur la dernière rangée de sièges, mais une alternance salvatrice permet de partager la peine.

Nous arrivons à un premier lac, presque caché sur un immense haut-plateau. Un rond d'eau au milieu du désert.

La Laguna amarilla n'est pas vraiment jaune. Elle a peut-être des reflets jaunâtres, mais sans plus. Pour la voir, il faut attendre le dernier moment. Sur ce haut plateau de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur, tout est plat et vide. Un désert. Ce n'est que quand on s'approche à quelques mètres du lac qu'on se rend compte qu'il se trouve en contrebas, comme s'il avait voulu se protéger des regards.

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La laguna celeste (le lac bleu ciel) est le point fort de cette deuxième journée dans le Sud Lipez. Son eau bleue ciel est superbe et contraste avec le paysage. Pourtant, il ne faut pas s'y fier. Cette couleur superbe vient des métaux lourds, comme l'arsenic, présents naturellement dans l'eau. De toute façon, le temps n'est pas à la baignade. Les enfants entament donc une énième séance de ricochets...

Les flamants roses sont dans leur élément sur ce lac. Ils se laissent bercer sur cette eau bleue.

Le vent est puissant, et nous cherchons un endroit où s'abriter pour pique-niquer. Pas facile, car aucun abri ne permet d'arrêter le vent. Finalement, nous trouvons un endroit un peu moins venteux.

Edwin positionne le Landcruiser face au vent, pour que nous soyons protégés. Trifo ouvre le coffre arrière où elle installe une nappe, les asssiettes et termine de préparer le pique-nique. Les enfants sont impatients de connaitre le menu. Trifo leur laisse la surprise à chaque fois. Ce midi, nous mangeons du poulet avec salade et pâtes. Un vrai délice !

Nous nous accomodons tant bien que mal avec notre assiette, un peu en fonction du vent. Malgré le vent et l'inconfort du paysage, c'est le plus bel endroit pour pique-niquer. On se régale, avec les papilles et avec les yeux. On n'oubliera pas ce pique-nique merveilleux...

Nous reprenons la route le ventre bien rempli et l'esprit heureux, en direction de notre dernière étape de la journée, la Laguna Kollpa.

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Le soleil est déjà bas sur l'horizon quand nous arrivons à la Laguna Kollpa. La journée a été longue et éprouvante. Après le somptueux pique-nique de la Laguna Celeste, tout le monde est fatigué et aspire à un peu de repos. Au bord du lac, les vigognes viennent s'abreuver et les flamants roses viennent y chercher un peu de nourriture.

La Laguna Kollpa a pour particularité de produire naturellement du bicarbonate de soude. Un gisement qui était autrefois exploité, et qui l'est encore périodiquement par les gens de la région. Sur une des rives du lac, en fonction de la saison, une couche de bicarbonate se forme, tellement épaisse qu'on peut y cheminer. Pour le récolter, les habitants viennent y construire des petits tas pour ensuite le récupérer. Cela donne un paysage unique, dont nous profitons pour une petite balade.


Nous terminons notre route sous le coucher du soleil, en direction de notre hospedaje pour la nuit : aguas termales.

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Aguas termales est un lieu très prisé. Et pour cause, il y a une piscine naturelle d'eau chaude. Des eaux thermales bienvenues dans un univers très sec, où les douches sont tout aussi inexistantes. Edwin a quelques difficultés à nous trouver une place dans un hospedaje. Beaucoup d'équipages sont arrivés sur place avant nous. Finalement, on se serre à 6 dans une chambre à 4 lits.

Ce nouveau logement est plus agréable que celui de la veille. Il est plus grand et plus confortable. Toujours pas de chauffage, mais une salle commune permet de participer à une atmosphère proche d'une ambiance de refuge de montagne. Un fois de plus, Trifo nous surprend avec le repas du soir : du lama, bien sûr, avec des frites ! On se régale une fois de plus.

Même si les eaux chaudes des thermes nous attirent sous cette nuit étoilée, nous sommes trop fatigués pour sortir en maillot par ces températures. On décide donc de reporter notre baignade au lendemain matin. Tout le monde au lit, bien serrés pour se tenir chaud.

La nuit est encore meilleure que la précédente. Tout le monde se réveille à l'aube. Après un petit déjeuner consistant, nous descendons à la piscine thermale pour une baignade matinale. Il neige ! Quelques flocons descendent du ciel pour nous faire apprécier encore mieux cette eau à 38°c. Le paysage est superbe et la piscine pour nous tout seul... On est content d’être venus ce matin car hier soir, un belge rencontré dans l'hospedaje nous explique qu'ils étaient à 40 dans la piscine. Un fiancé y avait organisé sa demande en mariage.

Ce matin, l'ambiance est tout autre. Il fait calme, les flocons tombent de-ci de-là. Le froid est présent mais il n'y a pas tellement de vent. Après avoir chargé la voiture, Edwin nous rejoints pour quelques éclaboussures.

La sortie de la piscine est le plus difficile. Il gèle et il faut se dépêcher. Heureusement, le soleil atténue un peu la sensation de froid. Cela n'empêche pas les enfants de courir d'une piscine à l'autre : la première est plus petite, moins profonde et plus chaude, la seconde est plus grande, plus profonde et perd un ou deux degrés de température.

Quel régal cette baignade. Un moment de détente inoubliable dans un univers si rude.

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Le Désert de Dali est le nom qui a été donné en hommage au célèbre artiste espagnol, en raison de la ressemblance du lieu avec son univers : un désert de poussière et de grandes pierres qui surgissent de manière surréaliste.


Aujourd'hui, on peut aussi le nommer 'Désert de Magritte', avec ses immenses nuages blancs dans le ciel bleu...

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Avant d'arriver à la Laguna Verde (Lac Vert), nous passons par la Laguna Blanca (Lac blanc). La survie des deux lacs est interdépendante. Edwin nous explique que c'est la Laguna Blanca qui alimente la Laguna Verde. Sans l'un, l'autre n'existerait pas. Même si elle est moins spectaculaire, la Laguna Blanca est donc tout aussi importante que la Laguna Verde.

Le ciel est en changement constant. Un nuage remplace l'autre à une vitesse fulgurante. Le vent est là pour témoigner de la rapidité du déplacement des nuages. A chaque passage de nuage, une ombre impressionnante change la physionomie du relief. C'est impressionnant de voir un paysage, pourtant statique, changer avec la dynamique des immenses nuages.

En face de la Laguna Verde, d'un vert turquoise, le volcan Licancabur et ses 6.000 m d'altitude impose une silhouette gigantesque.

Pour le repas de midi, nous revenons sur nos pas à Aguas Termales, où nous attend Trifo, qui est restée aux fourneaux pour nous concocter des galettes de thon.

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Nous montons en altitude pour arriver au Geyser 'Sol de Mañana' (Soleil du matin). En fait de geyser, il s'agit surtout d'un sol en ébullition. Quelques fumerolles s'échappent des entrailles de la terre, témoins d'une activité volcanique toute proche. De la boue en ébullition lâche des bulles de terre en surface.

Le vent est particulièrement violent, ce qui rajoute une dimension extrême à ce paysage lunaire. Santiago, Ludovic et Edwin poussent l'exploration un peu plus loin tandis que les autres se réfugient dans la voiture. Il y a quelques années, une japonaise est tombée dans un des trous et n'a pas survécu à ses brûlures. Voilà la petite histoire qu'Edwin nous raconte pour nous inviter à la prudence. Nous suivons ses conseils avisés et nos pas se posent dans les siens... L'atmosphère de fin du monde est impressionante.

Quelques kilomètres plus loin, nous battons un nouveau record : nous franchissons un col à plus de 5.000 m. Au milieu du désert, il n'y a que quelques cailloux pour témoigner de ce passage. Le photographe sort pour immortaliser le moment, mais le vent est encore plus violent qu'aux geysers. La portière peine à s'ouvrir. Finalement, si on ne l'avait pas annoncé, on ne l'aurait pas vu, ce col à 5.000 m. Tout y est presque plat. Seules quelques collines, qui sont en réalité des montagnes à 6 ou 7.000 m, se dressent autour du haut plateau où nous nous trouvons.

Un col à 5.000 m d'altitude


Alors que nous avançons, une brève tempête de neige se déclare. Et une tempête de neige à 5.000 m, ça déménage ! Le paysage change totalement et on ne voit plus qu'à quelques dizaines de mètres. Plus de repère pour trouver la direction. Nous faisons confiance à notre guide qui avance dans le blizzard sans sourciller, sûr de son chemin.

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Nous arrivons en fin de journée à la Laguna Colorado. La tempête de neige est derrière nous et c'est un paysage entièrement gris qui s'étale devant nous. Le vent est toujours extrême, et piquant, avec un soleil de moins en moins présent et des nuages de plus en plus imposants.

Pour la première fois, lorsque nous arrivons à un lac, des dizaines de jeeps sont garées. On arrive en même temps que les autres équipages. Mais ils partent vite poursuivre leur exploration ailleurs. Nous logeons à proximité et, comme à chaque arrêt, Edwin nous laisse le temps que nous voulons pour profiter du moment.

Nous commençons par une promenade en bord de lac, ce qui nous laisse la chance d'approcher les flamants roses qui cherchent du plancton dans les eaux. Nous sommes partiellement à l'abri du vent. Une colline qui surplombe le lac nous protège des vents dominants.

Mais c'est lorsque nous gravissons la colline que l'on se rend compte de la beauté et de la grandeur de la Laguna Colorada. Des couleurs intenses se dessinent sur toute sa surface, avec des variations du blanc au rouge profond. Le soleil, qui commence à se coucher, passe sous la couche des nuages pour nous offrir sa plus belle lumière, renforçant ainsi les couleurs du lac. Le contraste entre la terre grise et les couleurs du lac est magnifique !

Mais le sommet de la colline ne nous abrite plus du vent, glacial. Nous nous résignons à regagner la voiture, à contre-courant, et nous arrivons frigorifiés à bord de la Toyota. Notre abri pour la nuit n'est pas loin.

Il y a comme une gradation dans le confort. Pour cette troisième et dernière nuit, le logement de Huallajara est encore mieux que les précédents. Nous choisissons notre chambre dans un hospedaje bâti autour d'une cour. Il y a même du wifi, mais payant. Dans la salle commune, une chaufferette-parapluie diffuse une chaleur qui nous paraît torride tant nous étions déjà habitué au froid. On se permet de retirer nos vestes pour manger. La surprise de Trifo pour le menu du soir : une lasagne de lama. Et même un petit verre de vin....

A l'heure du coucher, Manuel ne se sent pas bien. Nous sommes toujours en altitude. C'est peut-être dû au froid ou à la fatigue. Après tout, nos organismes sont soumis à rude épreuve durant ces journées éprouvantes. Mais on est aussi en altitude, et il se peut qu'il souffre d'un léger mal des montagnes. On décide donc de lui donner un petit coup de boost en sortant la bouteille d'oxygène. Une petite rasade pour Manuel, sous le regard intrigué de ses frères et soeurs,... Cela va mieux. Rassurés, Mateo et Catalina ont aussi envie d'essayer et prennent une petite dose d'O2... Après tout, cela ne peut pas faire de mal.

Tout le monde passe une excellente nuit, sauf Ludovic, qui avait fait le sacrifice de prendre le lit sous la fenêtre de toit... et qui l'a regretté, puisque le vent de la tempête n'a cessé de lui caresser le visage (la seule partie de son corps qui dépassait du sac de couchage !) pendant toute la nuit.

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Le lendemain matin, après une nuit venteuse et tempétueuse, la neige a envahi le paysage. Nous prenons la route pour cette dernière journée.

L'Arbol de Piedra (Arbre de Pierre) est beau sous son manteau blanc. Quand nous arrivons sur place, Edwin sort le cric de sa voiture pour chasser deux renards qui viennent embêter les visiteurs, en quête de nourriture. Il les connait bien, et les chasse en tapant le sol avec son cric, en gesticulant et en les insultant. Cocasse...

Nous faisons un rapide tour de l'arbre avant de reprendre la route. Le paysage est superbe sous la neige. On croirait avoir changé de région en une seule nuit.

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Une enfilade de petits lacs termine notre parcours dans le Sud Lipez : Laguna Charcota, Honda, etcetera...

C'est la Laguna Hedionda (Lac nauséabond) qui retient pourtant le plus notre attention. Un écohotel y a été implanté il y a plusieurs années et les flamants roses y sont donc habitués à la présence de l'Homme. Nous nous approchons donc très près de ces magnifiques oiseaux aux pattes longilignes et aux plumes roses (parfois claires, parfois plus intenses)....

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Ce qui fait la beauté de la Laguna Negra (Lac noir), ce n'est pas tellement ses eaux (pas vraiment noires en plus !), ce sont les roches que l'on trouve autour. Des formes originales, curieuses, sympathiques... Une belle manière de terminer notre tour.

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Le retour à Tupiza s'annonce périlleux. Pour y arriver, nous devons passer par Uyuni, toujours bloquée par des manifestants qui en ferment les accès. La ville est sous blocus depuis plusieurs jours et les réserves de carburant sont de plus en plus faibles dans les pompes à essence de la région.

Depuis plusieurs jours, Edwin se renseigne sur la situation qui évolue d'heure en heure. D'après ses informations, les conseillers incriminés auraient démissionés et cela devrait se débloquer dans la journée. Mais quand ? C'est là tout l'enjeu ! Il est assez confiant, croit en sa chance et décide de prendre la route vers Uyuni.

La première étape nous amène à San Cristobal, une ville qui a déjà été déplacée deux fois pour agrandir les activités de la mine voisine. Il nous faut de l'essence pour poursuivre. Le réservoir est presque à sec et les jerrycans sur le toit sont vides. Heureusement, la pompe à essence nous fournit 50 litres. C'est suffisant pour rallier Tupiza.

Reste à passer Uyuni. On nous annonce que les barrages sont levés depuis 15h. Notre chance continue. Mais en arrivant sur la ville, quelques manifestants zélés ont maintenu leur barrage. Heureusement, même s'ils sont fermes 'no pueden pasar', ils indiquent à tous les véhicules le chemin à suivre pour contourner le barrage.

En prenant quelques pistes et chemins de traverses, Edwin contourne la ville et nous voilà enfin sur la route pour Tupiza. Nous arrivons de nuit à notre camping. Mais on est content de notre sort. Certains ont dû patienter plusieurs jours avant de pouvoir passer, d'autres sont arrivés beaucoup plus tard dans la nuit...

Nous sommes heureux de retrouver le confort de notre Concorde, après un périple qui aura marqué nos corps et nos esprits. Même si la fatigue physique est indéniable, nous n'oublierons jamais tous ces paysages incroyables rencontrés pendant 4 jours. Plus incroyables encore, la rencontre faite avec Edwin et Trifo, avec qui nous avons partagé nos joies et nos émotions, dans une bonne humeur inoubliable

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La Casa del Baron, c'est le camping qui nous accueille lors de notre arrivée à Tupiza. A proximité du centre, ce petit camping permet d'accueillir quelques motorhomes de voyageurs sur les routes. Blotti au creux d'un canyon aux parois rouges, c'est un havre de paix où il est agréable de se réfugier. Un hostal avec quelques chambres à louer, une terrasse où les enfants peuvent se défouler et des dizaines de recoins pour trouver de quoi jouer.

Ici, le mot accueil revêt toute sa signification. Car la 'Casa del Baron', c'est avant un lieu de rencontres extraordinaires.

Il y a d'abord Mario, le propriétaire du camping. Avec ses parents et frères, ils gèrent le lieu de manière simple et familiale. Toujours souriants et accueillants, Mario et Monica, son épouse, nous ont charmés par leur dévouement constant. Rien n'est jamais compliqué à la Casa del Baron. On a l'impression que tout y est possible...

Alors qu'ils fêtent son anniversaire, la Maman de Mario a invité les pensionnaires à partager l'événement. Edna donne un petit coup de main dans la préparation d'un excellent poulet farci au jambn et au fromage, acompagné de sa sauce blanche... un régal pour les papilles, mais aussi de pouvoir partager ce moment.

Il y a aussi la fois où Mario nous a conduit, à 8 dans sa Dacia Duster, jusqu'au centre-ville pour nous déposer au resto. C'est la même voiture qui a servi à nous conduire aux écuries pour une balade à cheval, avec deux vélos sur le toit. Inoubliables.

La Casa del Baron, c'est aussi une blanchisserie bien installée à Tupiza. Nous avons donc pu nous décharger des nos dizaines de kilos de linge sale. Edna a aussi pu, pour la première fois, mettre en place son atelier 'Ush'Agua', pour apprendre à fabriquer des produits de lessive écologiques. Moins cher et meilleur pour l'environnement. Monica et sa famille y ont participé... Une chouette rencontre qui, nous l'espérons, aboutira à moins de produits nocifs dans la nappe phréatique de Tupiza et une plus grande rentabilité pour leur blanchisserie.

La Casa del Baron, c'est aussi une rencontre avec Jonathan, un Belge qui voyage seul dans son petit combi aménagé. Ou de cette famille qui fait le tour du monde en sac à dos, et dont le nécessaire tient dans quelques petits sacs. Impressionnant quand on voyage avec 5 tonnes de matériel...


Et il y a cette belle rencontre avec 'Les suiveurs d'étoiles'. Une famille belgo-française installée en Savoie. Nos routes s'étaient déjà croisées au camping de Sucre, au cimetière de trains, à Uyuni et sur le Salar. Mais pour la première fois, nous étions ensemble pendant quelques jours à Tupiza. Nicolas, Camille, Adèle et Augustin ont partagé ces chouettes moments avec nous. Il y a Adèle qui apprend à Catalina à faire du patin à. roulettes, pendant que Manuel et Augustin fabriquent des briques en terre pour construire leur cabane... Les apéros en fin de journée, les échanges complices... autant de bons moments que nous avons partagé. Le matin (tôt !!) de notre départ pour le Sud Lipez, ils sont là pour nous dire au revoir.

Depuis, ils sont retournés en France pour revenir quelques semaines plus tard en Amérique latine. On espère pouvoir les recroiser sur notre route...

La Casa del Baron, c'est aussi là qu'Edwin, notre guide dans le Sud Lipez, est venu nous rendre une petite visite, avec sa femme Mirta et sa fille Belen... Nous lui avons fièrement montré notre maison roulante... Encore un belle rencontre.

Enfin, la Casa del Baron, c'est aussi ici qu'on a pris du temps. Du temps pour profiter. Comme cette journée où les enfants se sont mis aux fourneaux : le délicieux poulet aux légumes de Santiago, le succulent tartare de tomates et d'avocats de Manuel et le gourmand gâteau au chocolat de Mateo.

La Casa del Baron, un lieu chargé de souvenirs, en seulement quelques jours...

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Il existe un lieu, à proximité de Tupiza, qui incite à la découverte : La Canyon del Inca. On voulait le découvrir de manière insolite, et les enfants avaient envie de le faire à cheval, comme leurs copains des 'Suiveurs d'étoiles' leur avaient dit 'C'est génial !'... on s'est lancé.

Edna et Ludovic ne sont pas friands d'équitation, ils décident donc de les accompagner à pieds. Finalement, en dernière minute, rassurés par Mario qui leur dit : "C'est plat comme parcours !", ils décident de le faire à vélo !

Et c'est vrai que c'est une bonne idée. Le rythme à cheval est presque le même que sur deux roues. Pas besoin de courir derrière le cheval. On a les mains libres pour immortaliser l'événement et prendre quelques photos... L'idée devient même séduisante !

Mouais... sauf que, la notion de "plat" n'est certainement pas la même pour un Bolivien que pour un Belge. Parce que, pour aller jusqu'au Cañon del Inca, ça monte quand même. Pas énormément, mais ça monte quand même ! La bonne idée s'est donc transformée en fausse bonne idée !

Après 300 m, Edna est cuite et ne peut plus avancer. Elle rebrousse chemin. On pensait pourtant que les colombiens étaient de bons grimpeurs ?! Ils ont quand même gagné le Tour de France récemment ?

Reste Ludovic pour sauver l'honneur du plat pays et ses générations inspirées par Eddy Merckx. Mais un cheval, ça passe partout, et les sentiers pour chevaux, il faut le savoir, c'est de la terre meuble, idéale pour les sabots. Moins idéale pour les pneus qui s'enfoncent et rendent l'exercice encore plus difficile...

Tant bien que mal, un peu en retard sur le peloton équestre qui s'est échappé, le valeureux cycliste arrive à la première étape : La Puerta del Diablo. Un immense éperon rocheux qui s'élève vers le ciel.

Le temps de reprendre quelques forces et de s'hydrater, sous le soleil de plomb , l'ascension continue... Le peloton passe devant Les étonnantes formations rocheuses des 'Machos'. Le cycliste-photographe manque de souffle (c'est, sans aucun doute, dû à l'altitude !) pour prendre quelques clichés.

Heureusement, quelques centaines de mètres plus loin, le Canyon est en vue... Les chevaux s'arrêtent et les cavaliers devenus piétions s'aventurent à pieds pour explorer le petit bout de Canyon.

Et c'est à ce moment-là que la fausse bonne idée est devenue une demi-fausse-bonne idée. Car s'il faut monter à l'aller, il faut descendre au retour... c'est logique ! Le cycliste photographe a donc à présent tout le loisir de se laisser aller dans la descente et de s’arrêter à sa guise pour prendre des clichés inoubliables. L'honneur est sauf !

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Après un mois sur le sol bolivien, nos autorisations de séjour arrivent à échéance et il est temps de quitter le pays que nous retrouverons plus tard. Mais comment retrouverons-nous la Bolivie ? En octobre, des élections présidentielles verront, ou pas, Evo Morales reconduit au pouvoir pour plusieurs années. Le pays semble divisé sur la question, et les élections risquent de voir naître des contestations, d'un côté ou de l'autre... espérons que cela ne plonge pas la Bolivie dans le chaos.

Nos premiers kilomètres en Argentine nous font prendre conscience d'une autre réalité, dont nous avions oublié l'existence après un mois : la Bolivie est un pays très rude, qui laisse peu de place aux loisirs. Ce sont les joggeurs et les cyclistes du dimanche argentins qui nous ouvrent les yeux : depuis un mois, nous n'en n'avons pas vu un seul. Comme si le Bolivien ne prenait pas de congé, pas de vacances, comme s'il n'avait pas droit aux loisirs. Pendants plusieurs semaines, nous avons adopté le rythme de vie de ce pays, sans se rendre compte qu'il était aussi rude. Mais avec le recul, on se rend aussi compte qu'on revoit sur les places de villages argentins des plaines de jeux : un lieu presque inconnu en Bolivie...

Nous avons moins d'appréhension en passant la frontière argentine. C'est un pays que l'on connait, nous avons passé deux semaines à Buenos Aires... on le sent un peu comme un retour à la maison. Pourtant, l'Argentine a changé. Depuis notre départ, il y a moins de deux mois, le peso argentin a perdu 20% de sa valeur, passant de 50 à 60 pesos pour un euro. Si c'est une aubaine pour les voyageurs étrangers que nous sommes, c'est une catastrophe pour l'économie argentine et les Argentins qui voient leur pouvoir d'achat diminuer d'autant. Les Argentins que l'on rencontre nous en parlent : l'inflation et la hausse des prix, l'incertitude du lendemain, le coût de l'Etat et des innombrables fonctionnaires... Malgré cela, le peuple argentin n'a pas changé : souriant, accueillant et bienveillant.