#03 - Derniers jours à Buenos Aires

La Plaza de Mayo, Palermo, la Recoleta et la fête nationale
Du 4 au 10 juillet 2019
7 jours
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Nous avions déjà tourné autour de la place principale de Buenos Aires, mais pas encore mis les pieds. Aujourd'hui, on ne regrette pas de la découvrir sous un soleil radieux. La place est belle, agréable et aérée. L'atmosphère y est sympathique. En plus de passer devant la 'Casa Rosada' (le siège du gouvernement), nous visitons la cathédrale.

La Plaza de Mayo
La Plaza de Mayo
La casa rosada, siège du gouvernement
La casa rosada, siège du gouvernement
La pyramide de la plaza de mayo
La pyramide de la plaza de mayo
Museo del cabildo
Museo del cabildo
En direction du Congrès...
En direction du Congrès...
En direction de l'obélisque...
En direction de l'obélisque...
De larges  avenues partent de la Plaza de Mayo : vers le congrès et vers l'obélisque

La 'Catedral Metropolitana' est une grande église avec une façade néoclassique à 12 colonnes très surprenante. A l'intérieur, malgré les indications du Guide du Routard, nous ne trouvons pas la statue dédiée au saint du foot. Les fidèles viennent l'adorer quand un événement footballistique mobilise le pays. Il faudra que j'en parle à mon boucher, il doit savoir où elle se trouve.

Si on ne sait pas si Dieu est argentin, on sait en tous cas que le Pape est argentin. Il a d'ailleurs donné la messe dans cette église.

Mais ce qui fait aussi la grandeur de cette église, c'est le superbe mausolée à la gloire du Général San Martin. Il avait quitté l'Argentine pour être enterré en France. Et bien, il est revenu ! Deux gardes veillent en permanence sur la tombe du Libérateur, enfin revenu et reconnu dans son pays d'origine.

Le Mausolée à la gloire du General San Martin, libérateur de l'Argentine 
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Mais ce qui nous a attiré sur la Plaza de Mayo un jeudi, ce n'est pas un bâtiment ou une église. Ce sont des femmes : las madres de la plaza de mayo. Chaque jeudi, depuis 42 ans, elles manifestent pour connaitre la vérité. La vérité sur leurs fils et leurs filles qui ont disparus : enlevés, séquestrés, torturés ou tués sous la dictature dans les années 60 et 70. Depuis 1977, les 'Mères de la Place de Mai' manifestent, un foulard blanc autour de la tête (au départ, ce foulard était le lange de leur enfant disparu). Trois d'entre elles, en compagnie de religieuses françaises, ont même été assassinées pour leur combat.

Les foulards blancs, peints au sol

Aujourd’hui, c'est la 2151ème fois qu'elles viennent sur la place. Elles ne sont plus qu'une poignée à avoir été là depuis le début. Mais elles sont soutenues par des hommes, des femmes et des jeunes qui ont rejoint leur combat. Un combat pour la vérité, la justice et la liberté. On a l'impression que les 'Madres', icônes de la société argentine, sont devenues des sentinelles, qui veillent sur les libertés du peuple argentin. Un peu partout dans la ville, près des lieux de pouvoir, on retrouve leur symbole (le foulard blanc) peint au sol. De manière discrète, mais présente. Aujourd'hui, leur association a élargi ses activités et aide les plus démunis.

Au moment, où elles descendent du minibus qui les amène sur la place, on sent l'énergie que ces vieilles femmes dégage. L'émotion est grande. L'émotion est double : d'un côté, on est ému de voir ces icônes vivantes, qui ont marqué l'histoire d'Argentine et du monde. De l'autre, on pense à ces mères qui ont du souffrir la perte de leurs enfants et qui, des dizaines d'années plus tard, continuent à se battre. En tant que parent, on ne peut qu'être ému et fier de ses femmes...

L'état argentin a reconnu la disparition de près de 11.000 personnes. Mais d'après les 'Madres', il y en aurait près de 30.000. Aujourd'hui, elles continuent de se battre pour que ceux qui ont commis ses crimes ne restent pas impunis et pour que nous ne restions pas indifférents.

Quand la manifestation se met en route, pour tourner autour de la pyramide de la Plaza de Mayo (le fait de tourner en rond date des débuts du mouvement, quand la police leur a interdit de manifester et de... circuler ! Elles ont donc circulé... en rond !), les chants commencent à retentir. On est loin ici des chants de manifestants qu'on peut entendre lors des marches syndicales. Sans être joyeux, les chants des 'Madres' sont forts, déterminés, entraînants, bienveillants et surtout plein d'espoir !

Vamos las madres !

Madres de la Plaza de Mayo

Marche n°2151 : http://madres.org/index.php/las-madres-realizaron-su-marcha-no-2151-en-plaza-de-mayo/

Nous n'avons pas tout compris, mais il semblerait qu'il y ait 2 groupes de manifestants qui tournent autour de la pyramide. Un groupe dissident ?

L'Argentine est en période électorale. A la fin de la manifestation, une politique en campagne a pris la parole. Dommage de mêler une action citoyenne à une campagne politique.



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Il y a plus de dix ans, l'ancien port de Buenos Aires était une friche industrielle désaffectée et mal famée. Un peu à la manière de ce qui se fait le long du canal à Bruxelles, les autorités ont décidé de rénover le quartier. Les grandes sociétés sont venues s'y installer, les commerces ont suivi... Aujourd'hui, Puerto Madero est un lieu de balade en bordure de quai. On peut s'y promener en ayant la sensation des embruns du large qui vous caressent la figure. Sauf que, pour nous, il y a du vent et la température avoisine le 0°c. Mais il y a du soleil. On se croirait sur la digue de Coxyde un beau jour du mois de novembre. Le sable et les cuistax en moins.

Les quais de Puerto Madero

Nous en profitons pour visiter le Mercator argentin : le premier navire école de la marine argentine. "C'est un fameux 3 mats, fin comme un oiseau, hissez ho... santianoooo..." On s'égare !

La Fragata Presidente Sarmiento a parcouru les mers du globe entre 1899 et 1938, à voile et à vapeur. En 1962, elle devient un bateau-musée. Cordages bien rangés, ustensiles bien lustrés, coque peinte à neuf. On sent la discipline et l'huile de coude qui régnait à bord.

La visite n' a rien de palpitant, mais a permis une chouette découverte de ce joli bateau. Surtout pour les enfants qui ont pu grimper et en explorer le moindre recoin.

Du bateau, on a une belle vue sur le Puente de la Mujer, une passerelle piétonne construite par Santiago Calatrava (le même architecte espagnol qui a conçu la gare de Liège). Sa flèche de 39 m de haut lui donne une allure élancée et permet de fixer les câbles qui soutiennent le pont.

Puente de la Mujer 
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Il y a des jours (pas beaucoup), où on ne fait rien ! Pas de visite. On musarde dans notre maison. Cela permet de recharger les batteries. De profiter d'une journée sans métro. Ces jours-là, on est souvent tous ensemble au moment du repas, mais chacun profite de l'occasion pour rester un peu dans son coin : pour lire, pour écrire, pour jouer, pour profiter des derniers jours de wifi...

C'est aussi l'occasion pour les enfants de se découvrir de nouvelles activités : Santiago s'essaie au piano installé dans le salon, Manuel construit une maison avec les Lego trouvés sur place, tandis que Mateo, Manuel et Catalina réalisent des décors et des clips vidéo dans la salle de jeux. Edna est plongée dans ses bouquins et dans la lessive. Ludovic prépare les prochaines visites et relate les exploits sur le blog.

Découvrez les articles des enfants sur leur blog :

Nos journées à Buenos Aires en vidéo

Comment préparer un bon Mate


Les Lego de Manuel
Préparation d'un tuto sur le Mate !

De temps en temps, l'un ou l'autre sort seul pour aller chercher du pain ou du papier de toilettes. Ces jours-là sont probablement aussi important que les autres. Pour l'équilibre de tous...

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Palermo et la Recoletta sont les quartiers chics de la capitale. On y trouve les ambassades et les beaux immeubles. Les avenues sont larges et les parcs nombreux, arborés et espacés.

Nous commençons notre parcours par le jardin botanique : la végétation luxuriante et quelques serres nous proposent une balade agréable.

Yerba Mate, dont les feuilles servent à l'infusion de Mate
Le jardin botanique de Palermo

Dans l'Ecoparque, un parc jouxtant le jardin zoologique, nous découvrons un animal inconnu : "un croisement entre le lapin, la chèvre et le cochon d'inde". Une recherche sur internet nous permet de découvrir qu'il s'agit d'un Mara (de Patagonie ou du Chaco, on est pas sûr !). Des animateurs du parc nous donnent quelques explications sur les animaux qu'on trouve en Argentine. Intéressant.

L'ecoparque (en rénovation)
Un Mara ?
Quelques explications des guides...
Pas sûr qu'il soit argentin celui-là...
On trouve même des singes...
L'Ecoparque 

Nous déambulons ensuite dans le quartier à la recherche d'un endroit pour manger. Le seul du quartier nous proposera une pizza pas mauvaise, mais loin du niveau de celle d'El Cuartito, qui reste dans les mémoires.

Pause pizza...
Pause nationale
Pause plaine de jeux...

Nous arrivons en fin d'après-midi à la Florialis Generica. Une fleur en métal géante de 20 m de haut, dont les pétales s'ouvrent en début de journée et se referment à la nuit tombée. Autour de la fleur, au coucher du soleil, de nombreux touristes viennent assister à la fermeture des pétales. Très joli et très photogénique.

Florialis Generica 
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C'est probablement un des lieux les plus célèbres de Buenos Aires. Egalement le plus touristique que nous ayons rencontré. Il est vrai que nous étions un dimanche après-midi, en plein cœur du long week-end de fête nationale.

L'imposante entrée du cimetière

Ce cimetière, souvent comparé au Père-Lachaise de Paris, est un véritable dédale de caveaux et de mausolées. De la plus petite sépulture de quelques mètres carrés, aux plus grands monuments de plusieurs mètres de haut, on y trouve tous les formats et tous les styles. Côte à côte, on découvre le petit caveau familial en ruine et le mausolée à la gloire d'un ancien président de la nation. Chaque tombe a certainement une histoire à raconter. Et la richesse patrimoniale de ce lieu est probablement aussi inestimable qu'elle est riche en styles différents. Les plus anciens monuments côtoient les plus récent, les plus exubérants côtoient les plus sobres, les plus massifs côtoient les plus légers.

La plus célèbre tombe est probablement celle d'Eva Peron, cachée dans une petite allée discrète. Mais la dévotion est toujours présente pour celle qui sera, pour toujours, la figure la plus importante de la lutte des classes en Argentine.

Une belle promenade, un peu gâchée par la foule venue en nombre. Mais quand on quitte les avenues principales, on sait retrouver des petits coins de quiétude propices à la découverte.

Le Cementerio de Recoleta : un dédale à parcourir... 
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Aujourd'hui, nous sommes le 9 juillet, jour de fête nationale pour tous les Argentins. Nous avons décidé de nous rendre à la Feria de Mataderos, une foire qui se veut être une vitrine pour toutes les régions d'Argentine : culture, gastronomie, mode de vie... On aurait voulu en parler, dire toutes les richesses qu'on y a découverte. On aurait aussi voulu parler de la "Fiesta de la empanada", expliquer les variétés et les saveurs qu'on rencontre dans ce petit chausson délicieux.

Feria de Mataderos et Fiesta de la Empanada : trop de monde pour nous !  

On aurait voulu dire tout cela, mais il y avait tellement de monde et de files immenses pour pouvoir atteindre ne fut-ce qu'une empanada, qu'on a lâchement abandonné : on a acheté des empanadas colombiennes (toujours les meilleures selon nous, surtout celle de Grapy !), on les a englouties et on est rentré. On a même pas pris le temps d'une petit photo, c'était trop compliqué avec la cohue.

Et puis finalement, on va parler de ce qui nous a le plus occupé pendant cette journée : le bus, plus précisément, le "colectivo 80".

On avait déjà pris le bus, dans le centre-ville. On avait pu constater que la conduite était sportive, les accélérations et décélérations sont rythmées par les portes s'ouvrant et se fermant avant et après l'arrêt du bus. En mouvement donc. Les chauffeurs des TEC wallons ont des leçons de conduite à recevoir pour accélérer la cadence. En même temps, à ce rythme, on se demande comment les chauffeurs argentins n'ont pas perdu de passager.

Le Colectivo 80 

Mais ici, le "colectivo 80", on en garde un bon souvenir. D'abord, parce que le parcours est assez long : 1h à l'aller, 1h au retour. A l'aller justement, le chauffeur était en forme : d'abord, il a crié sur un passager qui montait par la porte arrière, en le traitant de chien... Le passager a répliqué, en signalant qu'on ne le traitait pas de chien, avant de descendre du bus... la queue entre les jambes.

Quelques kilomètres plus loin, le bus est bondé. Le chauffeur ne s'arrête plus, faute de pouvoir charger des passagers. Cela n'a pas plu à un des passagers qui attendait à l'arrêt : il se met au milieu de la route du bus, les bras en croix ! Coup de frein brusque du chauffeur, grognement dans la foule des passagers, bousculade... ni une ni deux, le chauffeur sort de son bus et traite le piéton de tous les noms... On n'en connaissait que la moitié, mais l'autre moitié ne devait pas être très gentille !

Et ce n'était que le voyage aller !

Au retour, ce sont les passagers qui sont en forme. Il faut savoir qu'à Buenos Aires, c'est comme à Londres : une file d'attente se forme à chaque arrêt de bus, dans l'ordre d'arrivée... une belle discipline ! Le 'colectivo 80' se fait attendre et la file s'allonge. On attend, on discute, on se demande si le bus passera bien, s'il n'a pas changé sa route... Certains abandonnent et on gagne des places dans la file. Enfin le bus arrive ! Avec une certaine discipline, les passagers respectent l'ordre d'arrivée pour monter. Mais tous ne peuvent pas avoir une place. On pousse, on empile, on se serre... mais la porte ne veut pas se fermer. Pas question pour le dernier passager d'abandonner ! Il s'accroche à sa place, même si tout le monde lui dit que ça n'ira pas... Ceux qui ont une place à l'intérieur rigolent et lancent des vannes. La bonne humeur est de rigueur, surtout parmi les chanceux qui, comme nous, ont pu rentrer ! Un peu comme si on était tous sur le même bateau et qu'on avait pu se sauver de la tempête.

Finalement, le dernier passager a gardé sa place et les portes se sont fermées. La bonne humeur est restée dans le bus... une histoire banale de la vie quotidienne à Buenos Aires. Tellement savoureux !

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C'est en bateau que nous traversons le Rio de la Plata, pendant près d'une heure, pour rejoindre l'autre rive...

Cela fait maintenant deux semaines que nous vivons, mangeons, dormons, buvons, visitons Buenos Aires. On a appris à l'apprivoiser, à la connaître et à l'aimer. Une partie de nous est restée dans cette immense ville. C'est donc avec un petit pincement au cœur que nous la quittons. Elle nous aura donné plein de souvenirs et nous aura permis d'apprivoiser un premier aspect du continent américain. Avant longtemps, ce sera probablement la dernière grande ville que nous visiterons avec autant d'intensité.

En prenant le bateau, on pensait, un peu comme sur la 'malle' Ostende-Douvres, pouvoir sortir et profiter de l'air du large. Prendre des photos et faire un adieu à Buenos Aires. Oui, mais voilà, ici le "Buquebus", c'est un véritable bus. Un peu comme dans un avion, les sièges sont en rang d'oignons, et on ne peut voir l'extérieur que par des fenêtres sales et embuées. Ce sera pour une prochaine fois... quand la "malle" passera par le Rio de la Plata.

Le Buquebus relie Buenos Aires à Colonia del Sacramento 

Nous sommes aussi impatients de sortir de la ville que de rencontrer de nouvelles étendues. Impatients de connaître la suite de notre voyage et un nouveau pays : l'Uruguay.