#02 - Les quartiers de Buenos Aires

De San Telmo à La Boca, en passant par le Delta de Tigre
Du 30 juin au 3 juillet 2019
4 jours
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Le dimanche à San Telmo, c'est le jour du marché aux puces. On y découvre toutes sortes d'objets anciens, qui témoignent du passé glorieux de Buenos Aires. L'ambiance générale de ce que les guides touristiques qualifient de 'Montmartre de Buenos Aires' est assez agréable et calme. Pas de grande effervescence, mais une ambiance reposante d'un dimanche matin : pendant que les fidèles assistent à la messe, les scouts locaux vendent quelques pâtisseries à la sortie de l'église du quartier.

Les échoppes s'étalent autour de la petite Plaza Dorrego. On remarque les habitués, exposants ou visiteurs, qui discutent le coup en buvant leur "mate" (une infusion aux herbes, spécialité qu'on retrouve partout, et que les argentins sirotent à longueur de journée), les services de santé, qui ont une petite échoppe de prévention au cœur du marché... Et bien sûr, les danseurs de tango, qui démontrent leur talent au centre de la place.

La Plaza Dorrego 

Autour de la place, les cafés se remplissent au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel et que les températures de la nuit se réchauffent (on est actuellement sous les 5°c la nuit). Il fait gris ce matin, mais le public est de plus en plus nombreux.

Tango de rue :  pas mal, mais un peu fade après avoir vu les danseurs au Centre culturel Kirchner...

Finalement, la Feria de San Telmo me parait plus authentique que Montmartre. On trouve bien quelques artistes qui présentent leurs peintures ou leur artisanat. Mais on est loin de la production industrielle de la capitale parisienne. C'est en tout cas le souvenir que j'en ai.

Une accueillante Plaza Dorrego 

Dans les rues adjacentes, les échoppes d'antiquaires et les petites impasses sympathiques invitent à la flânerie. Un peu plus loin, une longue artère propose des dizaines d'échoppes. A chaque fois, un artisanat simple qui semble de qualité. C'est en tout cas agréable de déambuler. L'ambiance est bon enfant.

Même Mafalda est au marché. Cette petite fille irrévérencieuse, héroïne de BD dans les années 60 et 70, est née en Argentine. Elle fait la fierté de tous les Porteños, comme nous sommes fiers de notre Tintin. On la retrouve donc sur bon nombre d'objets à la vente dans le marché. Mais pas que... au coin d'une rue, Mafalda et ses amis Manolito et Susanita sont assis sur un banc. Chacun peut s'asseoir aux côtés de l'héroïne... mais la file est longue, les jours de marché. Donc, on a décidé de faire l'impasse sur la photo souvenir ! Vous ne verrez donc pas Mafalda !

On n'a pas encore élaboré de stratégie quant aux souvenirs qu'on ramènera de notre voyage. On aura sûrement envie de beaucoup de choses, mais on ne sait pas encore comment on va gérer les tentations, avec le risque de se retrouver avec une montagne de souvenirs... qui prennent de la place ! Pour le moment, la consigne est claire : on n'achète rien tant qu'on n'a pas récupéré notre motorhome. Nos sacs à dos sont pleins et il faut encore les balader en bateau et en bus jusque Montevideo. Mais les tentations sont nombreuses à San Telmo, et l'un de nous a craqué : Mateo s'est acheté une paille (una bombilla) pour le Mate. Bon, ça va, elle fait 1 cm de large sur 10 cm de long. On arrivera bien à la caser quelque part !

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A quelques mètres de la Plaza Dorrego se trouve le mercado de San Telmo. Une vieille halle, remplie de petites échoppes. Bon, ce n'est certainement plus le petit marché de quartier. Les échoppes de légumes et de boucherie ont été remplacées par de nombreux petits stands de cuisine. A part les 2 échoppes de légumes et de viandes, ce n'est pas ici que les habitants pourront se ravitailler. Il a donc certainement perdu de son authenticité. Mais pas de son charme.

Les produits proposés sont de qualité et on est loin des attrape-touristes. Nous naviguons donc avec bonheur parmi toutes ces saveurs. Pourtant, nous déciderons de manger ailleurs...

Cela fait plusieurs jours qu'on est en Argentine, et on a toujours pas goûté à la viande ! Un sacrilège qui est réparé à San Telmo. Nous choisissons 'El Desnivel', un resto de parilla (barbecue). Un mélange de viandes de bœuf et de porc qui nous régale sur le temps de midi. Délicieux ! Même les frites étaient bonnes, 'meilleures qu'à la friterie de Lennik' confirment les enfants !

Au niveau accompagnements, il ne faut pas chercher grand-chose : quelques feuilles de salades et de la purée... rien de plus ! Ici, c'est viande-viande-viande ! On regrettera juste que la viande ait refroidi assez vite à cause des plats qui n'avaient pas été réchauffés ! Mais bon, on est peut-être plus lent que la moyenne des argentins pour la dégustation de viande.

El Desnivel

Calle Defensa 855

Deux plats de viandes grillées (porc et bœuf) avec frites, purée et salade.

Juste ce qu'il faut pour qu'on soit rassasié à 6.

Prix : 2100 pesos (environ 40 EUR)

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Dans le quartier de San Telmo, nous poussons une petite pointe vers le Museo historico nacional. En chemin, nous découvrons de charmante petites impasses, toujours occupées par des antiquaires de tous les styles.

Tout est à vendre...
Pasaje de la defensa   
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Le Museo historico nacional n'a rien d'exceptionnel. De manière très brève, il passe en revue l'histoire de la nation argentine. De l'époque précolombienne à nos jours. Deux parties du musée (assez petit) attirent notre attention.

La construction de l'Argentine moderne est basée sur l'immigration. Au début du 20ème siècle, les européens (italiens, espagnols, allemands, etc.) sont venus en masse trouver un eldorado américain. A cette époque, près d'1/3 de la population du pays était composée d'immigrants. Difficile de comparer avec le monde d'aujourd'hui : à l'époque, l'Argentine avait besoin de main d'oeuvre pour s'industrialiser. Mais on peut néanmoins se poser des questions quand, de nos jours en Belgique, on hésite encore à accueillir quelques migrants venus de pays en guerre.

L'immigration en argentine
En face du Musée, la statue de Mendoza, qui a fondé la ville

Dans une salle, un soldat en tenue d'apparat garde une épée : et il ne rigole pas ! Edna lui pose une question, mais il reste impassible comme un soldat de Buckingham Palace. Il est surtout concentré sur sa tâche : garder l'épée du Libérateur. Le Général San Martin est celui qui, dans les années 1820, a libéré l'Argentine, le Pérou et le Chili du joug espagnol. Il est le symbole de l'Indépendance de l'Argentine, même s'il finira finalement enterré à Boulogne-sur-Mer, exclu de son pays par des querelles politiques. Une employée du musée nous apprend aussi qu'il est passé par la Belgique lors de son exil. Quand je vous dis que la Belgique peut accueillir des migrants...

L'épée du General San Martin, sous bonne garde. 
La haute société de l'époque... un air de famille ?
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La Boca, c'est le quartier 'chaud', mais aussi incontournable de Buenos Aires. Tous les guides mettent en garde : " Allez-y, mais pas le soir ! Faites attention !". Ce quartier populaire n'a en fait qu'une petite impasse touristique : el Caminito. Cette rue, c'est le symbole de Buenos Aires. Celle qu'on voit sur toutes les affiches de promotion touristique de la ville. Des vieilles baraques, faites de tôles, de bric et de broc, peintes dans des couleurs extravagantes. Et c'est vrai que c'est joli. Nous y sommes allés un jour de semaine, hors-saison : pas beaucoup de touristes donc. Mais à peine une centaine de mètres hyper touristiques, dans un quartier sans charme particulier. On a été déçu ! C'est bien, il faut le voir, mais cela ne donne pas envie d'y retourner.

On profite néanmoins de notre présence sur place pour faire un détour (dans les rues mal famées de Buenos Aires ?! On ne sait pas trop !) par le stade de La Boca. Un stade mythique, surnommé la Bombonera (en forme de bonbonnière), qui abrite le club de football le plus connu et le plus titré d'Amérique du Sud : Boca Juniors. Un certain Maradona (vous vous souvenez, la 'Main de Dieu' !?) y a commencé sa carrière.

La bombonera : le stade du Boca Juniors

Ce club, c'est une religion pour de nombreux fans. Une anecdote suffit pour se rendre compte de l'ampleur que le football peut avoir : il y a quelques mois, la finale de la Copa Libertadores (la plus prestigieuse compétition de football entre clubs sudaméricains, la Ligue des Champions du continent) opposait deux ennemis jurés : le populaire Boca Juniors et River Plate (l'autre club de Buenos Aires, issu des quartiers bourgeois). Le soir de la finale, les incidents étaient tellement nombreux entre les supporters des deux camps, que le match a été annulé. Finalement, le match s'est joué quelques semaines plus tard, à 10.000 km de là, à Madrid... Ne le dites pas trop fort, mais c'est River Plate qui a gagné...

Comme nous ne sommes pas des fans inconditionnels du foot argentin, nous décidons de ne pas visiter le musée et l'intérieur du stade.

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Ce matin, j'ai eu une sérieuse (et longue) conversation avec mon boucher : je lui ai demandé comment ça allait pour l'Argentine à la Copa America (compétition entre les pays d’Amérique du sud). Son regard est devenu plus sérieux : on allait parler de football.

Il y a 2 jours, l'Argentine a été éliminée par le Brésil en demi-finale. Mais ce n'est pas la faute des joueurs argentins. C'est à cause de l'arbitre, et surtout du VAR (l'assistance vidéo lors des matches) ! Il me confirme que cela fait 3 coupes du monde qui ont été volées à l'Argentine à cause des arbitres. Il me dit que tout cela, c'est à cause d'une histoire de pognon, et que les Brésiliens, qui organisent la compétition, ne peuvent pas perdre depuis qu'ils ont subi l'humiliation d'un 7-0 lors de la Coupe du Monde au Brésil. Le match était donc truqué ! Il m'a dit que tous les Argentins seront derrière les Péruviens qui affrontent les Brésiliens en finale. Il y aura une justice. Parce que Dieu est argentin !

Je n'ai pas osé lui demander ses sources. Ni contester. Il avait un grand couteau.

La Copa America s'affiche sur les grands boulevards de Buenos Aires 

Quelques jours plus tard, nous sommes dans un café au moment de la petite finale. L'Argentine joue contre le Chili pour la troisième place. L'Argentine marque un premier, puis un deuxième but. Dieu est argentin. Mais avant la fin de la première mi-temps, Lionel Messi (à mon avis c'est de lui qu'on parle quand on parle de Dieu) reçoit la carte rouge. La seconde carte rouge de toute sa carrière ! Scandale ! L'argentine gagne quand même 2-1.

La petite finale, depuis un café de Palermo. 

Suite au match, Messi a déclaré que la Copa America était corrompue. En finale, le Brésil a vaincu le Pérou 3-1.

Il faudra que je retourne à la boucherie...

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La prochaine éclipse solaire aura lieu en Belgique en 2081. A moins d'avoir un bateau au milieu de l'océan, le mardi 2 juillet 2019, une éclipse solaire totale était visible sur terre sur un seul continent, plus précisément dans 2 pays : le Chili et l'Argentine. Buenos Aires était sur sa trajectoire.

Autant dire qu'on ne s'est pas privé pour assister à ce spectacle que nous donne la nature. C'est en fin de journée que le spectacle commençait à Buenos Aires, juste avant le coucher du soleil. Le phénomène arrive à son apogée à 17h44, avec une éclipse presque totale, à 99%. On ne va pas chicaner pour 1%.

On va être franc tout de suite, l'éclipse, on n'a pas pu la voir. D'abord parce qu'il faisait nuageux, ensuite parce qu'à cette heure de la journée, en plein hiver, le soleil est très bas sur l'horizon, et il est difficile de trouver, dans la ville, un point élevé qui permette de voir le soleil. Il n'empêche que, même si on n'a pas pu la voir, l'éclipse, on a pu la ressentir. A quelques minutes du moment critique, nous nous rassemblons donc sur le toit de la maison pour observer le ciel. Il y a des nuages, mais on voit quand même les rayons du soleil qui frôlent les nuages. A 17h44, simple impression ou réel phénomène, le ciel s'obscurcit et la ville est plongée dans la pénombre.

17h40
17h44
17h50
Avant, pendant et après... le ciel d'éclipse à Buenos Aires.

C'était magique. Qu'importe qu'on l'ait vue ou non (de toute façon, on n'était pas équipé des lunettes adéquates), mais l'éclipse, on l'a vécue et on l'a ressentie. Ensemble sur le toit d'une maison, à l'autre bout du monde. On sait qu'on était ensemble pour vivre ce moment-là. Et que, probablement, un moment comme celui-là, on ne le revivra pas une deuxième fois. C'est cela qui était magique.

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Le Rio de la Plata est le fleuve qui passe par Buenos Aires avant de se jeter dans l'Océan Atlantique. Son embouchure est énorme : 220 km de large. La plus grande du monde. En amont de l'embouchure, à 30 km de Buenos Aires, le Rio Parana et le Rio Uruguay se rejoignent et forment un grand delta. Une réserve naturelle qui est aussi un enchevêtrement d'îles et de cours d'eau aux nombreuses ramifications. Aux beaux jours, c'est un des lieux de villégiature des Porteños qui vont y passer un week-end. Certains le qualifient de Venise verte. J'y vois plutôt des coins du bayou louisianais (que je n'ai jamais visité, mais bon, j'imagine !) ou de certains canaux de la Frise (ceux-là, je les ai vus, aux Pays-Bas !).

Quoi qu'il en soit, le coin est sympa. Pour s'y rendre depuis Buenos Aires, il faut passer par la belle gare de Retiro. Il y a deux trains : le Tren de la Costa ou la voie directe. Le Tren de la Costa est plus lent, mais il est censé être le train touristique qui permet d'admirer les paysages de la côte. Franchement, cela n'en vaut pas vraiment la peine. On a pas vu de paysages valant le détour.

Depuis la gare de Retiro, le train nous emmène à Tigre 

Tren de la Costa

Que ce soit par la voie classique ou le train touristique, le prix du voyage est approximativement le même. Bon marché.

Depuis Buenos aires, on peut utiliser la carte 'Sube' qui sert également pour le métro et qui réduit le prix de 70%, soit environ 2 EUR/personne/trajet.

Une fois arrivés à Tigre (le nom de la ville est tiré du jaguar 'el tigre' qui vivait auparavant dans la région), nous avons choisi de prendre une 'lancha colectiva' (un bateau collectif, transport en commun du coin) qui arpente les rivières pour amener les marchandises et les personnes aux 4 coins du delta. Nous sommes descendus à l'île de 'Tres Bocas', qui est la seule île publique où l'on peut circuler librement sur les sentiers et pontons. Les autres îles sont généralement privées.

La lancha nous conduit à travers le dédale du delta

En ce début d'hiver, l'atmosphère est douce et tranquille au bord de l'eau. La journée est ensoleillée. Seuls quelques canots, à moteur ou à rames, circulent sur les bras de rivières, bordés de petites maisons sur pilotis. Devant chaque habitation, un ponton surplombe la rivière et des bancs invitent à la détente. On imagine le coin en été... sans les bonnets, les pulls et les grosses vestes. La chaleur en plus. Les soirées au bord de l'eau, les après-midis sur une barque, les matinées en balade... Il doit faire bon vivre ! Mais il doit aussi y avoir des moustiques, beaucoup de monde et beaucoup de chaleur... Finalement, on est mieux en hiver dans le delta !

La pompe à essence qui ravitaille les bateaux de Tres Bocas

D'autant plus que, même si les nuits sont négatives à Buenos Aires, les jardins de Tres Bocas, sont encore parsemés de quelques fleurs et d'orangers plein de fruits.

A midi, nous nous arrêtons à 'El Hornero', un petit resto au bord de l'eau, qui ne laisse rien présager de bon. Mais on n'a pas le choix, c'est le seul de l'île à être ouvert en cette saison. Finalement, les plats de pâtes et les hamburgers que nous avons commandés se sont révélés frais et de bonne qualité. On n'est pas reparti déçu.

El Hornero

Arroyo Abra Vieja 360 - Delta Tigre (sur l'île de Tres Bocas)

www.elhornerodeldelta.com

Plats classiques : nous avons goûté les pâtes, lasagnes et hamburgers. A refaire, on aurait goûté au poisson de la rivière. Les assiettes qui sont passées avaient l'air pas mal.

Les toilettes ne donnent pas envie...

Prix : 1500 ARS/6 personnes (environ 30 EUR).

Au bout du ponton, des bancs qui invitent à la détente...

Après une balade le long de l'eau, nous retournons à l'arrêt de la 'lancha' qui nous ramène à Tigre, puis le train vers Buenos Aires. Les visages sont fatigués, mais cette journée au grand air nous a fait du bien.

Visages fatigués...
Fatigués ?


Mateo
Manuel
Edna
Catalina
Santiago
Ludovic
Souvenirs d'une journée dans le delta de Tigre